Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France. Or, contrairement aux idées reçues, un enfant abusé ne manifeste pas toujours un changement brutal de comportement. Dans certains cas, les signes sont subtils et peuvent passer inaperçus. Hélène Brocq, psychologue clinicienne au CHU de Nice et responsable pédagogique du Diplôme Universitaire de Psychologie Expertale et Criminelle, insiste sur l'importance de savoir les reconnaître pour mieux protéger les plus jeunes.
Des signes parfois discrets
Lorsque l'enfant évolue dans un environnement sécurisant, l'agression sexuelle provoque souvent une rupture nette : baisse des résultats scolaires, repli sur soi, anxiété, troubles du sommeil ou modification soudaine du comportement. Ces changements sont alors plus faciles à repérer pour l'entourage.
En revanche, chez un enfant déjà confronté à des violences répétées ou vivant dans un climat familial dysfonctionnel, l'abus sexuel s'ajoute à d'autres traumatismes. Dans ces situations de polytraumatismes, il n'y a pas toujours cette « cassure » visible. « C'est ce qui rend le repérage particulièrement complexe », souligne la psychologue.
Les comportements qui doivent alerter
En l'absence de preuves physiques, l'observation clinique du comportement devient essentielle. Aucun signe pris isolément ne permet d'affirmer qu'un enfant est victime. Cependant, plusieurs manifestations doivent conduire à s'interroger et, si nécessaire, à consulter des professionnels spécialisés.
- Une peur soudaine d'aller se coucher.
- Un refus de se déshabiller.
- Une angoisse ou un refus au moment du bain, ou à l'inverse des lavages répétés.
- Des douleurs ou plaintes physiques persistantes sans explication médicale.
- L'apparition de comportements sexualisés inadaptés envers d'autres enfants.
Former les professionnels pour mieux protéger
Pour Hélène Brocq, le repérage des violences sexuelles nécessite une solide formation clinique. « L'expertise psychologique ne s'improvise pas. Elle doit être réalisée avec beaucoup de rigueur par des psychologues expérimentés auprès des enfants. »
C'est dans cette optique qu'elle a créé, en 2003, avec le professeur Gérald Quatrehomme, alors médecin légiste au CHU de Nice, le Diplôme Universitaire de Psychologie Expertale et Criminelle à la Faculté de médecine de Nice. Premier DU français consacré à la formation des psychologues experts, il a été lancé bien avant que la formation des experts judiciaires ne devienne obligatoire.
Le cursus réunit psychologues, psychiatres, médecins légistes, magistrats, avocats, policiers et gendarmes autour d'une même exigence : améliorer la qualité des expertises et favoriser une meilleure prise en charge des victimes. Aujourd'hui dirigé par le professeur Véronique Alunni, médecin légiste au CHU de Nice, le diplôme s'est récemment ouvert à l'enseignement à distance pour répondre à une demande croissante venant de toute la France.
Une conviction : la formation sauve des enfants
Chez Hélène Brocq, une conviction demeure : plus les professionnels sont formés à reconnaître les signes de souffrance chez l'enfant, plus les violences peuvent être détectées précocement. Car si les traumatismes laissent des traces, un accompagnement adapté et une prise en charge rapide permettent aussi à l'enfant de se reconstruire.



