Aux Seychelles, une multi-addiction aux drogues dures ravage la population
Seychelles : une multi-addiction aux drogues dures ravage la population

Derrière l'image de carte postale des plages de sable blanc et des eaux turquoise, les Seychelles font face à une crise sanitaire et sociale majeure : une multi-addiction aux drogues dures, notamment à l'héroïne et au crack, qui touche environ 10 % de la population adulte, selon les autorités locales. Ce phénomène, longtemps tabou, émerge aujourd'hui au grand jour, révélant les ravages d'une consommation massive et ses conséquences dévastatrices sur la société seychelloise.

Une consommation alarmante

Selon un rapport du ministère de la Santé seychellois publié en 2025, près de 10 000 personnes sur une population adulte d'environ 100 000 habitants consomment régulièrement de l'héroïne ou du crack. Ce chiffre, en hausse de 30 % par rapport à 2020, place les Seychelles parmi les pays avec le plus fort taux de consommation de drogues dures par habitant au monde. Les autorités estiment que 70 % des consommateurs sont des hommes âgés de 18 à 35 ans, mais la tendance s'étend désormais aux femmes et aux adolescents.

« Nous assistons à une véritable épidémie silencieuse », déclare le Dr. Marie-Antoinette Sinon, directrice du programme national de lutte contre la toxicomanie. « Les familles sont brisées, les quartiers se dégradent, et le système de santé est submergé. »

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Les causes profondes

Plusieurs facteurs expliquent cette explosion de la consommation. Le chômage élevé, qui touche 25 % des jeunes, le manque de perspectives économiques et l'isolement géographique des îles favorisent la propagation des drogues. Les trafiquants, souvent venus d'Afrique de l'Est, profitent de la porosité des frontières maritimes pour introduire de l'héroïne en provenance d'Afghanistan et du crack venu d'Amérique latine. « Les Seychelles sont devenues une plaque tournante du trafic de drogue dans l'océan Indien », explique le commissaire de police Jean-Claude Morel.

Le tourisme, pilier de l'économie, n'est pas en reste. Certains établissements fermeraient les yeux sur la consommation de stupéfiants, contribuant à banaliser l'usage. « Il y a une hypocrisie générale : on veut préserver l'image paradisiaque, mais la réalité est bien plus sombre », confie un travailleur social sous couvert d'anonymat.

Des conséquences sanitaires et sociales dramatiques

Les conséquences de cette addiction sont multiples. Le taux d'infection par le VIH a augmenté de 40 % entre 2020 et 2025, en raison du partage de seringues. Les overdoses sont devenues la première cause de décès chez les 18-35 ans, avec 150 morts recensées en 2025, soit une augmentation de 50 % par rapport à l'année précédente. Les hôpitaux, déjà sous-financés, peinent à faire face : « Nous manquons de lits, de médicaments et de personnel spécialisé », déplore le Dr. Sinon.

Sur le plan social, la délinquance explose. Les cambriolages et les vols à main armée ont augmenté de 60 % en cinq ans, souvent commis par des toxicomanes cherchant à financer leur dépendance. Les quartiers populaires de la capitale, Victoria, sont devenus des zones de non-droit, où le deal est omniprésent. « Ma fille de 15 ans a été agressée en pleine rue pour son téléphone », témoigne une mère de famille. « Nous avons peur de sortir le soir. »

Les réponses des autorités

Face à l'urgence, le gouvernement seychellois a déclaré l'état d'urgence sanitaire en janvier 2026 et alloué un budget de 50 millions de dollars sur trois ans pour lutter contre la toxicomanie. Les mesures incluent l'ouverture de centres de désintoxication, la distribution de méthadone et des campagnes de prévention dans les écoles. « Nous devons casser le cycle de l'addiction et offrir des alternatives aux jeunes », affirme le président Wavel Ramkalawan.

Cependant, ces efforts restent insuffisants. Les associations locales dénoncent le manque de coordination et la corruption qui gangrène les forces de l'ordre. « Certains policiers sont de mèche avec les trafiquants », accuse un responsable d'ONG. « Il faut une volonté politique réelle, pas seulement des discours. »

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La communauté internationale commence à s'impliquer. L'Union européenne a promis une aide de 10 millions d'euros pour renforcer la surveillance maritime et financer des programmes de prévention. L'ONU, via l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), a envoyé des experts pour former les douaniers et les policiers.

Un avenir incertain

Malgré ces initiatives, l'avenir reste sombre. Les experts estiment qu'il faudra au moins une décennie pour inverser la tendance. « La drogue a détruit le tissu social », conclut le Dr. Sinon. « Nous devons reconstruire la confiance et offrir un avenir à nos jeunes. » En attendant, les Seychelles continuent de lutter contre un fléau qui menace leur identité même.