Tunisie : Saadia Mosbah condamnée à 8 ans de prison, Amnesty dénonce
Saadia Mosbah condamnée à 8 ans de prison en Tunisie

La militante antiraciste tunisienne Saadia Mosbah a été condamnée, mercredi 24 juin, à huit ans de prison par le tribunal de première instance de Tunis, a annoncé son avocat. Cette nouvelle condamnation intervient moins d'un an après une précédente peine de huit ans de prison, prononcée en septembre 2023, pour des accusations de « complot contre la sûreté de l'État » et d'« incitation à la haine raciale ». Amnesty International a immédiatement dénoncé des « accusations infondées » et appelé à sa libération.

Un parcours de militante antiraciste

Saadia Mosbah, figure de la lutte contre le racisme en Tunisie, est la fondatrice de l'association « Mnemty » (Mon rêve), qui œuvre pour les droits des personnes noires tunisiennes. Elle avait déjà été condamnée en septembre 2023 à huit ans de prison pour des faits similaires, mais avait été libérée en appel en mars 2024. Cependant, la cour d'appel avait ordonné un nouveau procès, qui a abouti à cette nouvelle condamnation.

Selon son avocat, Me Ghazi Mrabet, le tribunal a retenu les charges de « complot contre la sûreté de l'État » et d'« incitation à la haine raciale », des accusations que la défense qualifie de « fabriquées de toutes pièces ». La militante, âgée de 55 ans, a été placée en détention immédiate à l'issue du verdict.

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Amnesty International dénonce une justice instrumentalisée

Dans un communiqué, Amnesty International a estimé que cette condamnation « s'inscrit dans un schéma plus large de répression contre la société civile en Tunisie ». L'organisation a souligné que « les accusations portées contre Saadia Mosbah sont infondées et semblent motivées par son activisme légitime en faveur des droits des personnes noires tunisiennes ». Elle a appelé les autorités tunisiennes à « libérer immédiatement et inconditionnellement Saadia Mosbah ».

« Saadia Mosbah est une militante pacifique qui n'a fait que défendre les droits des personnes marginalisées. Sa condamnation est une attaque contre la liberté d'expression et le droit de défendre les droits humains », a déclaré Heba Morayef, directrice régionale d'Amnesty International pour l'Afrique du Nord.

Un contexte de répression croissante

Cette affaire intervient dans un climat de resserrement de l'étau sur les voix critiques en Tunisie. Depuis l'été 2021, le président Kaïs Saïed a concentré les pouvoirs, et de nombreux opposants politiques, journalistes et militants ont été arrêtés. Saadia Mosbah est l'une des nombreuses figures de la société civile à faire l'objet de poursuites judiciaires.

En mai 2024, le journaliste et activiste Yasser Ben Mbarek a été condamné à deux ans de prison pour des publications sur les réseaux sociaux. En avril, le député et opposant Rached Khiari a été arrêté pour « complot contre la sûreté de l'État ». Selon l'organisation Reporters sans frontières, la Tunisie a chuté de 72 places dans son classement de la liberté de la presse entre 2021 et 2024.

La défense annonce un appel

Me Ghazi Mrabet a annoncé que la défense ferait appel de cette condamnation. « Nous allons utiliser toutes les voies de recours possibles pour obtenir l'acquittement de Saadia Mosbah. Ces accusations sont absurdes et ne reposent sur aucune preuve solide », a-t-il déclaré à l'issue du procès. La militante risque de rester en détention pendant la durée de la procédure d'appel, qui pourrait prendre plusieurs mois.

La communauté internationale a également réagi. L'ambassade des États-Unis à Tunis a exprimé sa « profonde préoccupation » et appelé à un « procès équitable ». L'Union européenne a rappelé l'importance du respect des droits humains en Tunisie.

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