Le rappeur marocain El Mahdi Lyoubi, connu sous le nom de scène « El Grande Toto », a été condamné le 20 juillet 2026 à deux ans de prison ferme par le tribunal de première instance de Casablanca. Il est reconnu coupable d'« outrage à la personne du roi » et de « diffusion de fausses informations », des chefs d'accusation liés à ses chansons critiquant la monarchie marocaine.
Une peine sévère pour des textes polémiques
Selon l'acte d'accusation, El Mahdi Lyoubi aurait, dans plusieurs de ses morceaux, tenu des propos jugés insultants envers le roi Mohammed VI et la famille royale. Le parquet a souligné que les paroles incitaient à la haine et portaient atteinte à l'ordre public. La défense a dénoncé un procès politique et annoncé son intention de faire appel.
L'arrestation du rappeur remonte au 15 juin 2026, lors d'un contrôle routier à Rabat. Les autorités avaient alors saisi son téléphone portable et découvert des messages échangés avec des militants politiques, ainsi que des enregistrements inédits de ses chansons. Depuis, il était placé en détention provisoire.
Une vague d'indignation nationale et internationale
La condamnation a provoqué une vive réaction de la part des organisations de défense des droits de l'homme. Amnesty International a qualifié le verdict de « nouveau coup porté à la liberté d'expression au Maroc ». L'ONG a rappelé que plusieurs artistes et journalistes ont été emprisonnés ces dernières années pour des critiques envers le pouvoir.
Au Maroc, des collectifs de soutien se sont formés sur les réseaux sociaux, utilisant le hashtag #FreeElGrandeToto. Une pétition en ligne a recueilli plus de 50 000 signatures en 48 heures, demandant la libération immédiate du rappeur. Des figures de l'opposition, comme le parti socialiste, ont également exprimé leur solidarité.
Un précédent judiciaire inquiétant
Cette affaire s'inscrit dans un contexte de durcissement de la répression contre les voix dissidentes au Maroc. En 2024, le rappeur Mouad Belghouat, alias « L7a9ed », avait été condamné à un an de prison pour des motifs similaires. Les critiques dénoncent l'utilisation de l'article 267-2 du code pénal, qui criminalise l'outrage au roi, comme un outil de censure.
Le procès d'El Mahdi Lyoubi a été marqué par des irrégularités, selon son avocat Me Hassan Benali. « Mon client n'a pas eu accès à un procès équitable. Les preuves ont été obtenues de manière illicite et les charges sont infondées », a-t-il déclaré à la presse. Il a également affirmé que les textes incriminés relevaient de l'art et non d'une intention malveillante.
Impact sur la scène musicale marocaine
La condamnation d'El Mahdi Lyoubi, figure montante du rap marocain avec plus d'un million d'abonnés sur Instagram, pourrait avoir un effet dissuasif sur les artistes. Plusieurs rappeurs ont exprimé leur crainte de voir leur liberté de création réduite. Le collectif « Rap Maroc » a publié un communiqué appelant à une réforme des lois sur la liberté d'expression.
Le ministère de la Culture, contacté par Le Monde, n'a pas souhaité commenter l'affaire. Toutefois, une source proche du dossier indique que le gouvernement considère ces condamnations comme nécessaires pour préserver l'ordre public et le respect des institutions.



