Le calvaire d'un père séparé de son fils
« En somme, si on fait le bilan, mon fils a 10 ans et je n’ai fêté qu’une fois son anniversaire... » Sylvain Roy, habitant de Bonson, près de Nice, poursuit son combat pour revoir Arslan, retenu en Ouzbékistan par sa mère depuis 2017. Neuf ans de procédures judiciaires, des décisions de justice restées lettre morte, et un père qui n’a vu son fils grandir que de loin.
Sylvain Roy, enseignant en musicologie, raconte son calvaire dans le cabinet de son avocat, Me Gérard Baudoux, à Nice. Voilà seize mois qu’il n’a plus revu Arslan. Sa mère l’a emmené en Ouzbékistan en mai 2017, alors qu’il était encore bébé. « Il s’agit ni plus ni moins que d’un enlèvement », résume Me Baudoux.
Un parcours semé d’obstacles
Arslan est né le 4 octobre 2015 à Saintes, en Charente-Maritime. Sylvain Roy y vivait avec son épouse Kamilla, de nationalité ouzbèke. Le couple s’était rencontré à Tachkent en 2013, lors des recherches en ethnomusicologie de Sylvain Roy. Mariés en 2014, ils ont divorcé en 2020. Dès 2017, Kamilla a emmené Arslan en Ouzbékistan, malgré l’interdiction de quitter le territoire demandée par le père.
Le père a déposé plusieurs plaintes pour « non-représentation d’enfant », sans effet. En novembre 2020, il a déposé une plainte avec constitution de partie civile à Nice, accusant une ex-salariée du consulat d’Ouzbékistan d’avoir produit un faux certificat pour permettre à l’enfant de voyager sous le nom de sa mère. Les autorités ouzbèkes ont qualifié ces accusations de « spéculations sans fondement juridique ».
Des promesses politiques non tenues
Sylvain Roy exprime son immense déception face aux promesses politiques, notamment celle du président Emmanuel Macron en 2023. « Le Président Macron lui a dit : « Je me souviens de ce cas, je vais m’en occuper personnellement ». C’était en octobre 2023... », soupire-t-il. Il déplore que la France n’ait rien fait, pas même une visite consulaire.
Un mandat d’arrêt a été délivré en 2023, mais il se cantonnait au territoire français, alors que la mère voyage en Chine ou en Russie. Sylvain Roy s’est rendu à Tachkent à quatre reprises entre 2017 et 2019, puis une fois en 2024, au risque d’avoir des problèmes. Depuis le 5 janvier 2025, il n’a plus revu son fils, sinon par visioconférence en russe, Arslan ne parlant pas français.
Un père désespéré mais déterminé
« La relation avec mon fils s’étiole. L’enfant n’a pas conscience qu’il a été privé de sa relation avec son père, sa famille, ses droits de citoyen français. Car il est français ! », s’indigne Sylvain Roy. Il redoute un non-lieu, qui serait un non-sens à ses yeux. « Je crois en la justice. Mais il y a des limites ! Si c’est un non-lieu, je n’y croirais plus du tout. »
Me Baudoux espère un procès, même par défaut, mais craint une ordonnance de non-lieu. « Dans ce cas, ce sera « circulez, y’a rien à voir ». On pourrait pourtant espérer que les autorités françaises aient suffisamment de poids pour faire respecter les accords internationaux. »
Sylvain Roy ne demande pas le retour d’Arslan en France, mais seulement de pouvoir le voir librement. « Alors je patiente. C’est terrible, mais on s’habitue à toute sorte de souffrance. De toute façon, je n’ai pas d’autre choix. »



