Depuis peu, les réseaux sociaux s’emparent d’une pratique troublante surnommée le « divorce alpin » : abandonner volontairement sa compagne lors d’une randonnée en montagne. Dans le podcast « Un divorce alpin », diffusé par France Culture dans la série « Les pieds sur terre », Rachel, une violoniste suisse, livre un témoignage bouleversant sur les violences psychologiques qu’elle a subies pendant des années.
Une rencontre sous le signe de l’emprise
Rachel avait 23 ans lorsqu’elle a rencontré celui qui allait devenir son compagnon, un psychiatre. Très vite, il s’est montré possessif et intrusif. « Il contrôlait mes fréquentations, mes horaires, jusqu’à mes vêtements », raconte-t-elle. Un jour, profitant de son absence, il a vendu sa télévision, son canapé qu’il jugeait « moche », et sa console de jeux PlayStation. Ces actes, présentés comme des « attentions », étaient en réalité des manœuvres d’isolement et de dépossession.
L’épisode traumatique du ski hors-piste
Le point culminant de cette relation toxique survient alors que Rachel est enceinte de six mois. Son compagnon lui propose une sortie de ski hors-piste dans un endroit isolé. Lors d’une pause, elle ose lui faire une remarque sur son « comportement tyrannique ». La réaction est immédiate : « Personne ne m’a jamais manqué de respect autant que toi », rétorque-t-il, furieux, avant de la planter seule au milieu de nulle part, enceinte, sans moyen de rejoindre la civilisation. « J’ai cru que j’allais mourir là, avec mon bébé », confie Rachel.
Une violence psychologique quotidienne
De retour chez eux, loin de reconnaître la gravité de son geste, il justifie cet abandon comme une « leçon nécessaire ». Rachel comprend alors que cet épisode n’est qu’un exemple parmi d’autres d’une relation faite d’humiliations et de violence psychologique constante. « C’était une cage de tous les instants », analyse-t-elle aujourd’hui. « Il fallait sans cesse anticiper ses réactions, marcher sur des œufs. »
Les séquelles durables d’une emprise
Dix-neuf ans après leur divorce, Rachel n’a toujours pas refait de randonnée. Les séquelles psychologiques sont profondes : anxiété, hypervigilance, difficulté à faire confiance. « Le divorce alpin n’est pas un mythe, c’est une réalité brutale pour des milliers de femmes », alerte Carole Bailly, réalisatrice du podcast. Selon une étude de la Fondation des Femmes, 1 femme sur 10 déclare avoir subi une forme d’abandon forcé en milieu isolé par son partenaire.
Un podcast nécessaire pour briser le silence
« Les pieds sur terre » propose une enquête de 30 minutes sur ce phénomène méconnu. À travers le récit de Rachel, le podcast éclaire les mécanismes insidieux de l’emprise : isolement, dévalorisation, contrôle. « Ce qui m’a sauvée, c’est d’avoir trouvé la force de partir, mais il m’a fallu des années pour comprendre que ce n’était pas de l’amour, mais de la violence », conclut Rachel. Un message d’espoir pour toutes celles qui vivent encore dans l’ombre d’un « divorce alpin ».



