Peste noire et Covid : le même réflexe de désigner un bouc émissaire
Peste noire et Covid : même réflexe de bouc émissaire

Au XIVᵉ siècle, la peste noire a décimé l'Europe. Dans la panique, les Juifs furent accusés d'avoir empoisonné les puits pour anéantir les chrétiens. Des milliers d'entre eux furent massacrés, brûlés vifs ou noyés, de Strasbourg à Bâle, de Barcelone à Francfort. Cette accusation, totalement infondée, reposait sur la peur et le besoin de trouver un responsable.

Un mécanisme qui traverse les siècles

Sept cents ans plus tard, le même réflexe se reproduit. Lors de la pandémie de Covid-19, des personnes d'origine asiatique ont été agressées dans le monde entier, accusées d'avoir propagé le virus. Aux États-Unis, des incidents racistes contre les Asio-Américains ont bondi de près de 150 % en 2020, selon le groupe Stop AAPI Hate. En France, des théories complotistes ont désigné des boucs émissaires, des milliardaires aux lanceurs d'alerte.

Les moyens de diffusion ont changé : les réseaux sociaux remplacent les places publiques, les algorithmes amplifient les rumeurs plus vite que les colporteurs d'autrefois. Mais le mécanisme psychologique reste identique : face à une crise sanitaire, la tentation est grande de chercher un coupable, de transformer la peur en haine.

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Des conséquences meurtrières

Si la peste noire a fait environ 50 millions de morts en Europe, les persécutions qui l'ont accompagnée ont coûté la vie à des dizaines de milliers de Juifs. Aujourd'hui, les conséquences sont moins massives mais tout aussi tragiques : agressions, discriminations, exclusion sociale. Selon une enquête de l'Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès, 45 % des Français estiment que les migrants sont un danger sanitaire, une idée fausse mais répandue.

La psychologue sociale Susan Fiske, citée par le journal Le Monde, explique : « Dans l'incertitude, le cerveau humain cherche des causes simples. Désigner un groupe comme responsable permet de retrouver un sentiment de contrôle, même illusoire. »

Les leçons de l'histoire

L'histoire montre que ce réflexe est récurrent : au XIXᵉ siècle, les Irlandais furent accusés de propager le choléra ; dans les années 1980, la communauté gay fut stigmatisée lors de l'épidémie de sida. Chaque crise sanitaire a son bouc émissaire. La différence aujourd'hui est la vitesse de propagation des accusations via les réseaux sociaux, qui peuvent rendre une rumeur virale en quelques heures.

Pour éviter que l'histoire ne se répète, des initiatives de sensibilisation voient le jour. Des associations comme la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) rappellent l'importance de l'éducation aux médias. « Il faut apprendre à décrypter les informations, à douter des sources, à résister à la manipulation émotionnelle », déclare son président, Mario Stasi.

En 2020, l'Organisation mondiale de la santé a lancé le terme d'« infodémie » pour désigner la surabondation d'informations, vraies ou fausses, qui rend difficile la gestion d'une crise. Lutter contre ce phénomène est devenu un enjeu de santé publique.

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