Au Liban, les enfants paient un lourd tribut à la violence qui secoue le pays depuis des années. Selon un rapport de l'ONG Save the Children publié en juin 2026, près de 1,2 million d'enfants libanais, soit environ 80 % des mineurs du pays, présentent des signes de détresse psychologique sévère. Ces traumatismes risquent de perdurer bien après la fin des combats, alertent les experts.
Un quotidien marqué par l'insécurité et la peur
Depuis l'effondrement économique en 2019 et les explosions du port de Beyrouth en 2020, la situation n'a cessé de se dégrader. Les affrontements armés, les déplacements forcés et l'instabilité politique ont plongé des milliers de familles dans une précarité extrême. « Les enfants vivent dans un état d'alerte permanent, explique le Dr. Rania Mansour, psychiatre à l'hôpital de l'Université américaine de Beyrouth. Ils ne savent jamais quand le prochain danger surviendra. »
Le rapport souligne que 65 % des enfants interrogés ont perdu un proche ou ont été témoins de violences directes. Les symptômes les plus courants incluent l'anxiété, les cauchemars, l'énurésie et des troubles du comportement. « Une génération entière grandit avec l'idée que la violence est normale, ce qui aura des conséquences sur la cohésion sociale à long terme », ajoute le Dr. Mansour.
Un accès aux soins psychologiques insuffisant
Malgré l'ampleur des besoins, les services de santé mentale restent largement sous-financés. Le Liban ne compte que 1,5 psychiatre pour 100 000 habitants, bien en dessous des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé. Les ONG tentent de combler les lacunes, mais leurs ressources sont limitées. « Nous ne pouvons traiter qu'une fraction des enfants qui ont besoin d'aide », déplore Nadine Haddad, coordinatrice de Save the Children au Liban.
Le rapport appelle à une action urgente de la communauté internationale pour financer des programmes de soutien psychologique. « Sans intervention, ces enfants risquent de reproduire les schémas de violence qu'ils ont subis », prévient Mme Haddad. Le coût économique de l'inaction est également élevé : une étude de l'UNICEF estime que les troubles mentaux non traités pourraient réduire le PIB libanais de 2,5 % d'ici 2030.
Des initiatives locales pour briser le cycle
Certaines écoles et associations ont mis en place des ateliers de résilience pour aider les enfants à exprimer leurs émotions. À Beyrouth, le centre « Espoir pour l'enfance » accueille 300 enfants par semaine pour des séances de thérapie par le jeu. « Nous voyons des progrès, mais cela prend du temps », confie sa directrice, Samira Khalil. « Chaque enfant a besoin d'un suivi individualisé, et nous manquons de personnel formé. »
Le gouvernement libanais, fragilisé par la crise politique, n'a pas encore présenté de plan national pour la santé mentale des enfants. Les organisations humanitaires espèrent que la conférence internationale de donateurs prévue en septembre 2026 permettra de débloquer des fonds. En attendant, des milliers d'enfants continuent de grandir dans l'ombre de la violence, portant des cicatrices invisibles qui marqueront leur vie entière.



