À la frontière entre l'Inde et le Bangladesh, des musulmans sont victimes de harcèlement systématique de la part des autorités indiennes, qui justifient ces pratiques par la traque d'infiltrés. Selon une enquête publiée par Libération, des habitants de la région frontalière de l'État du Bengale-Occidental ont dénoncé des contrôles d'identité abusifs, des confiscations de biens et des détentions arbitraires. Ces agissements, qui visent principalement la communauté musulmane, ont été documentés par des organisations de défense des droits humains.
Des pratiques discriminatoires dénoncées
Selon le rapport, entre 2020 et 2024, plus de 1 200 cas de harcèlement ont été recensés, dont 85 % concernaient des musulmans. Les victimes rapportent des fouilles humiliantes, des menaces de déportation et des extorsions. Un habitant du village de Bongaon, interrogé par l'enquête, affirme : « On nous traite comme des criminels, simplement parce que nous sommes musulmans. Les forces de sécurité fouillent nos maisons sans mandat et confisquent nos téléphones. »
Une politique sécuritaire controversée
Le gouvernement indien, dirigé par le parti nationaliste hindou BJP, a renforcé les mesures de sécurité le long des 4 096 kilomètres de frontière avec le Bangladesh, invoquant la lutte contre l'immigration illégale et le terrorisme. Cependant, les critiques estiment que cette politique est utilisée pour marginaliser les musulmans. « Sous couvert de sécurité, l'Inde mène une campagne de harcèlement contre les minorités religieuses », déclare Ayesha Siddiqui, chercheuse à l'ONG Human Rights Watch. Elle ajoute : « Les autorités indiennes violent les droits fondamentaux de ces populations sans aucune justification légale. »
Des conséquences humanitaires graves
Ce harcèlement a des conséquences dramatiques sur la vie des habitants. De nombreuses familles ont été séparées, des travailleurs ont perdu leurs moyens de subsistance, et certains ont été contraints de fuir leurs foyers. Selon un rapport de l'ONU, près de 2 000 personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays en raison de ces persécutions. Les organisations humanitaires alertent sur la détérioration des conditions de vie dans les zones frontalières, où la peur est omniprésente.
Une réponse insuffisante des autorités
Interrogé par Libération, le ministère de l'Intérieur indien a rejeté ces accusations, affirmant que les opérations sont menées dans le respect de la loi et visent à protéger la sécurité nationale. Cependant, aucun chiffre officiel n'a été fourni pour étayer ces affirmations. Les défenseurs des droits humains demandent une enquête indépendante et la fin de ces pratiques discriminatoires. « Il est urgent que l'Inde respecte ses engagements internationaux en matière de droits de l'homme », conclut Ayesha Siddiqui.
Un contexte régional tendu
Cette situation intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l'Inde et le Bangladesh, notamment sur la gestion des frontières et les flux migratoires. Les deux pays ont récemment signé des accords de coopération, mais les incidents se multiplient. Les observateurs craignent que cette politique ne compromette les relations bilatérales et n'aggrave la stigmatisation des musulmans dans la région.
En attendant, les habitants de la frontière vivent dans la crainte constante d'être arrêtés ou dépossédés. Des voix s'élèvent pour demander une action immédiate de la communauté internationale afin de mettre fin à ces violations des droits de l'homme.



