La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a ordonné, mardi 11 décembre, la libération immédiate de l'entrepreneur et mécène turc Osman Kavala, détenu depuis plus d'un an sans condamnation définitive. Cette décision, qui constitue un camouflet pour le gouvernement turc, pourrait avoir des répercussions sur les relations entre Ankara et l'Europe.
Une détention jugée arbitraire
Dans son arrêt, la CEDH a estimé que la détention d'Osman Kavala, arrêté en octobre 2017, était arbitraire et qu'elle avait pour but de le réduire au silence. La Cour a également souligné l'absence de base raisonnable pour soupçonner l'intéressé d'avoir commis une infraction pénale. Elle a enjoint la Turquie de prendre toutes les mesures nécessaires pour remédier à cette violation de la Convention européenne des droits de l'homme.
Osman Kavala, figure de la société civile turque, est accusé par les autorités d'avoir tenté de renverser le gouvernement lors des manifestations de Gezi en 2013. Il a toujours nié ces accusations, dénonçant une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Son procès, qui devait s'ouvrir en octobre dernier, a été reporté à plusieurs reprises, faute de preuves suffisantes selon ses avocats.
Une décision qui met Ankara sous pression
La décision de la CEDH intervient dans un contexte de fortes tensions entre la Turquie et l'Union européenne. Ankara a déjà menacé de remettre en cause l'accord migratoire conclu en 2016 si les critiques européennes se poursuivaient. La libération d'Osman Kavala est considérée par de nombreux observateurs comme un test pour l'État de droit en Turquie.
Le gouvernement turc a réagi avec virulence à cette décision, la qualifiant d'« inacceptable » et d'« ingérence dans les affaires internes ». Le ministre de la Justice, Abdulhamit Gül, a annoncé que la Turquie ferait appel de cette décision devant la Grande Chambre de la CEDH, une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois.
Un symbole pour la société civile turque
Osman Kavala est un philanthrope reconnu, fondateur de la fondation Anadolu Kültür, qui promeut le dialogue interculturel et le développement artistique. Il est également membre du conseil d'administration de l'Open Society Foundation, une organisation soutenue par le milliardaire George Soros, souvent montrée du doigt par les autorités turques.
Son maintien en détention avait suscité une vive émotion en Turquie et à l'étranger, notamment parmi les défenseurs des droits de l'homme. Plusieurs personnalités, dont l'écrivain Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature, avaient appelé à sa libération. La décision de la CEDH pourrait relancer le débat sur l'indépendance de la justice turque et sur le respect des engagements internationaux du pays.



