La militante féministe marocaine Betty Lachgar, incarcérée depuis le 22 décembre 2023, a vu son procès renvoyé au 8 mars 2025, selon ses proches. Cette figure de la lutte pour les droits des femmes est détenue à la prison de Tiflet, près de Rabat, dans des conditions jugées préoccupantes par les organisations de défense des droits humains.
Une détention qui interroge
Betty Lachgar, cofondatrice du mouvement féministe « Le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles » (MALI), a été arrêtée après avoir publié des critiques acerbes sur les réseaux sociaux. Elle est poursuivie pour « outrage à fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions » et « diffusion de propos jugés attentatoires à la dignité des personnes ». Selon son avocat, Me Abdellah Benaddi, les charges sont infondées et la procédure est entachée d'irrégularités.
Depuis son arrestation, de nombreuses voix se sont élevées, tant au Maroc qu'à l'international, pour demander sa libération. Une pétition en ligne a déjà recueilli plus de 15 000 signatures. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont qualifié sa détention d'« arbitraire » et ont appelé les autorités marocaines à la relâcher immédiatement.
Un procès reporté à une date symbolique
Le renvoi du procès au 8 mars, journée internationale des droits des femmes, est perçu par les soutiens de Betty Lachgar comme une provocation. « C'est un choix délibéré du tribunal pour envoyer un signal fort : la lutte pour les droits des femmes est réprimée », a dénoncé une porte-parole du MALI, sous couvert d'anonymat. Le collectif « Justice pour Betty » a appelé à un rassemblement devant le palais de justice de Rabat le jour de l'audience.
Betty Lachgar, âgée de 52 ans, est une figure historique du féminisme marocain. Elle a notamment milité pour la dépénalisation de l'avortement et la réforme du code de la famille. Sa détention intervient dans un contexte de durcissement du pouvoir face aux critiques, alors que le Maroc se prépare à accueillir la Coupe d'Afrique des nations 2025 et la Coupe du monde 2030.
Une mobilisation internationale
Des parlementaires européens ont interpellé le gouvernement marocain sur ce dossier. La députée française Sandrine Rousseau a déclaré : « Betty Lachgar est une héroïne des droits des femmes. La France doit tout faire pour obtenir sa libération. » De son côté, l'ambassadeur du Maroc en France a rappelé que « la justice marocaine est indépendante » et que « l'affaire est entre les mains de la justice ».
Le renvoi du procès au 8 mars 2025 est un nouveau rebondissement dans une affaire qui pourrait ternir l'image du Maroc sur la scène internationale. D'ici là, la mobilisation ne faiblit pas : des veillées sont organisées chaque semaine devant l'ambassade du Maroc à Paris, et une pétition a été lancée pour demander la libération immédiate de la militante.



