Dans un essai publié sur Lemonde.fr, l'essayiste Yonatan Touval avance que chaque suspension du conflit entre Israël et ses voisins laisse sans réponse la cause qui l'a produit. Selon lui, les trêves et cessez-le-feu ne font que reporter l'échéance, sans traiter les racines profondes des hostilités.
Une analyse historique des trêves
Touval s'appuie sur plusieurs exemples historiques pour étayer sa thèse. Il évoque notamment la guerre de 1948, la crise de Suez en 1956, la guerre des Six Jours en 1967, la guerre du Kippour en 1973, ainsi que les accords d'armistice de 1949. Chaque fois, la fin des combats a été suivie d'une période de calme précaire, mais les causes sous-jacentes – territoires, réfugiés, reconnaissance mutuelle – sont restées intactes.
L'auteur souligne que les accords de paix signés avec l'Égypte et la Jordanie ont certes établi des relations diplomatiques, mais n'ont pas résolu la question palestinienne. De même, les accords d'Oslo dans les années 1990 ont créé une autorité palestinienne, mais sans aboutir à un État souverain, laissant le conflit en suspens.
La notion de suspension
Touval définit la suspension comme un arrêt temporaire des hostilités, souvent imposé par des pressions internationales ou un épuisement mutuel. Il cite le cas du cessez-le-feu de 1949, qui devait être temporaire mais a duré jusqu'en 1967. Selon lui, ces suspensions créent une illusion de paix qui permet aux parties d'éviter de confronter les problèmes fondamentaux.
Il compare cette situation à un patient qui prend des antidouleurs pour une infection non traitée : les symptômes disparaissent, mais la maladie progresse. Dans chaque cas, la suspension du conflit laisse sans réponse la cause qui l'a produit, ce qui prépare le terrain pour de futures escalades.
Les conséquences actuelles
L'essayiste applique cette grille de lecture aux événements récents, notamment les accords d'Abraham de 2020 qui ont normalisé les relations entre Israël et plusieurs pays arabes. Il estime que ces accords, bien que salués comme une avancée, n'ont pas abordé la question palestinienne, ce qui pourrait conduire à de nouvelles tensions.
Touval appelle à une réflexion plus profonde sur les causes structurelles du conflit. Il plaide pour une approche qui prenne en compte les aspirations nationales des deux parties, la question de Jérusalem, et le droit au retour des réfugiés. Sans cela, toute trêve ne sera qu'une pause dans un cycle de violence.
Un appel à la communauté internationale
Il interpelle les dirigeants mondiaux, les exhortant à ne pas se contenter de gérer les crises mais à s'attaquer aux racines. Selon lui, la communauté internationale a souvent privilégié la stabilité à court terme, au détriment d'une paix durable. Il cite le rôle des États-Unis et de l'Union européenne, qui ont souvent servi de médiateurs sans imposer de solutions contraignantes.
Touval conclut en soulignant que tant que la cause du conflit ne sera pas traitée, les suspensions successives ne feront que perpétuer un cycle de violences. Il appelle à un changement de paradigme, où la paix serait construite sur la justice et la reconnaissance mutuelle, plutôt que sur l'équilibre des forces.



