L'Ukraine ne dispose pas et n'aura pas assez de missiles antibalistiques pour se protéger efficacement des frappes russes. C'est le constat dressé par plusieurs experts militaires, qui soulignent les limites des systèmes de défense aérienne occidentaux face à la menace balistique russe.
Un déficit structurel
Selon une analyse publiée par le think tank britannique Royal United Services Institute (RUSI), l'Ukraine ne recevra que 10 à 15 % des missiles antibalistiques nécessaires pour couvrir l'ensemble de son territoire. Les systèmes Patriot et SAMP/T, livrés par les États-Unis et la France, sont en nombre limité et ne peuvent pas être déployés partout à la fois.
Le général ukrainien Valeri Zaloujny, commandant en chef des forces armées, a déclaré : « Nous avons besoin de plusieurs centaines de missiles antibalistiques par mois pour protéger nos villes et nos infrastructures critiques. Aujourd'hui, nous en recevons à peine une cinquantaine. »
Des capacités de production insuffisantes
La production mondiale de missiles antibalistiques est très limitée. Les États-Unis produisent environ 500 missiles Patriot PAC-3 par an, mais une grande partie est destinée à leurs propres besoins et à ceux de leurs alliés au Moyen-Orient. L'Europe, de son côté, dépend encore largement des importations américaines pour ce type d'armement.
Un rapport du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) indique que la production mondiale de missiles antibalistiques ne dépasse pas 1 500 unités par an, alors que la demande ukrainienne seule est estimée à 2 000 unités par an. Ce déséquilibre structurel ne peut pas être comblé à court terme.
Des choix tactiques imposés
Face à cette pénurie, l'Ukraine doit faire des choix tactiques douloureux. Les responsables militaires privilégient la défense de Kiev, des centrales nucléaires et des grands centres industriels, laissant de côté certaines zones moins peuplées. Cette stratégie, bien que rationnelle, expose les populations locales à des frappes meurtrières.
Le ministère ukrainien de la Défense a confirmé que les tirs de missiles russes ont augmenté de 30 % en 2025 par rapport à l'année précédente, atteignant environ 1 200 tirs par mois. Les interceptions réussies ne dépassent pas 70 %, un taux insuffisant pour empêcher des destructions massives.
Des alternatives insuffisantes
Les systèmes de défense à plus courte portée, comme les NASAMS ou les IRIS-T, ne sont pas conçus pour intercepter des missiles balistiques, seulement des missiles de croisière ou des drones. Les canons anti-aériens et les systèmes laser, encore expérimentaux, ne sont pas en mesure de combler le vide.
Les drones intercepteurs, développés en Ukraine, ont montré une certaine efficacité contre les drones russes, mais ils sont inefficaces face aux missiles balistiques qui voyagent à plus de 5 000 km/h. La technologie actuelle ne permet pas de remplacer les missiles antibalistiques.
Un appel à l'augmentation de la production
Les dirigeants ukrainiens ont multiplié les appels à leurs alliés pour augmenter la production de missiles antibalistiques. Le président Volodymyr Zelensky a récemment déclaré : « Chaque missile que nous recevons sauve des vies. Nous demandons à nos partenaires d'accélérer la cadence, car chaque jour de retard coûte des vies humaines. »
En réponse, les États-Unis ont annoncé l'ouverture d'une nouvelle ligne de production en Alabama, qui devrait augmenter la capacité de production de 30 % d'ici 2027. De son côté, l'Europe a lancé un projet commun pour produire des missiles SAMP/T en plus grande quantité, mais les premiers exemplaires ne seront pas livrés avant 2028.
Un horizon incertain
Même avec ces efforts, les experts estiment que l'Ukraine ne disposera pas d'une couverture complète avant 2030. En attendant, les frappes russes continuent de faire des victimes et de détruire des infrastructures vitales. La situation reste donc critique, et la dépendance de l'Ukraine à l'égard de l'aide occidentale est plus forte que jamais.
Le déficit de missiles antibalistiques est un problème structurel qui ne se résoudra pas à court terme. Il illustre les limites de l'industrie de défense occidentale face à une guerre de haute intensité. Pour l'Ukraine, la question n'est pas seulement de recevoir de l'aide, mais de recevoir suffisamment et assez vite pour inverser le cours de la guerre.



