L'Ukraine ouvre sa défense aérienne aux acteurs privés face aux drones russes
Pour contrer les centaines de drones lancés quotidiennement par la Russie, l'Ukraine a pris une mesure inédite : autoriser les entreprises privées à s'équiper pour assurer leur propre protection aérienne. Cette initiative, portée par le lieutenant-colonel Iouriï Myronenko, inspecteur général du ministère de la Défense, vise à soulager les forces armées tout en renforçant la sécurité du territoire.
Un dispositif innovant face à une menace persistante
Depuis l'invasion de 2022, la Russie utilise massivement des drones Shahed à longue portée, de conception iranienne mais désormais produits en masse sur son sol. Ces appareils peu coûteux mais dévastateurs ciblent régulièrement des zones résidentielles et des infrastructures essentielles, parfois à des centaines de kilomètres du front. L'attaque la plus vaste depuis le début du conflit s'est déroulée fin mars, avec près de 1 000 drones lancés en seulement 24 heures.
Le système de défense aérienne ukrainien, bien que comprenant des milliers d'équipes mobiles antidrones, ne suffit pas à couvrir l'ensemble du pays. Le ministère de la Défense a donc décidé d'intégrer des acteurs privés, tels que des entreprises énergétiques, des groupes logistiques ou sécuritaires, dans ce dispositif crucial.
Seize sociétés déjà opérationnelles
À ce jour, seize sociétés ont obtenu les autorisations nécessaires et plusieurs d'entre elles ont déjà commencé leurs opérations. « Nous sommes les premiers au monde à avoir mis en place un système permettant à des acteurs privés d'abattre des cibles aériennes très difficiles », affirme Iouriï Myronenko, lui-même ancien commandant d'une unité de drones.
Les premières interceptions ont eu lieu il y a deux semaines. Dans la région de Kharkiv, proche de la ligne de front, une entreprise a ainsi abattu plusieurs drones russes à l'aide de mitrailleuses lourdes montées sur des tourelles téléopérées. Après la publication d'un communiqué officiel, des dizaines d'autres groupes ont contacté les autorités pour se renseigner sur cette possibilité.
Coordination stricte avec l'armée de l'air
Les sociétés intéressées doivent se soumettre à des contrôles rigoureux pour exclure toute affiliation avec la Russie avant de pouvoir acquérir des armes et former leurs employés. Elles doivent également intégrer la coordination avec l'armée de l'air, qui gère des milliers d'équipes antiaériennes en temps réel.
Un logiciel spécialisé permet de visualiser « comment et où les équipes travaillent, qui a abattu quoi, quelle nouvelle cible apparaît », détaille Iouriï Myronenko. Les intercepteurs de drones, dont l'Ukraine a déjà développé une cinquantaine de modèles sous la pression des attaques incessantes, représentent l'avenir de cette défense aérienne privée.
Objectif : abattre 95% des cibles aériennes
La concurrence acharnée entre fabricants pousse à améliorer rapidement l'efficacité des intercepteurs tout en réduisant leur coût, parfois à moins de 1 000 dollars par unité. À terme, les groupes privés pourraient même obtenir des armes leur permettant d'abattre des missiles de croisière.
« Nous ne mettons pas de limite sur les moyens de défense qu'ils peuvent s'acheter », souligne Iouriï Myronenko, afin d'assurer une flexibilité maximale face à une guerre qui évolue « tous les trois ou six mois ». L'objectif principal fixé par le nouveau ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov pour cette année est de détecter 100% des cibles aériennes et d'en abattre 95%, contre environ 80% actuellement.
Un projet « absolument réaliste », selon Iouriï Myronenko, au vu de l'explosion de la production d'intercepteurs livrés par dizaines de milliers à l'armée chaque mois. « Nous devons montrer clairement à la Russie que la terreur de notre population et de nos infrastructures civiles ne l'aidera aucunement », conclut le responsable militaire.



