En Ukraine, l'apprentissage du pilotage de drone devient une compétence cruciale
Dans un immense hangar de Kiev, les yeux rivés sur l'écran de sa tablette, Dmytro retient son souffle. Sous ses doigts agiles, le drone FPV (First Person View) se faufile à travers des cerceaux lumineux. Cette scène se déroule à la Killhouse Academy, un centre d'entraînement créé il y a deux ans par le 3e Corps d'armée, issu de la célèbre brigade Azov.
Des formations accessibles pour tous
Derrière Dmytro, Alexandra, 19 ans, observe avec attention. « Je me dis que ça me servira un jour. Car c'est ça, la guerre de demain », confie la jeune Ukrainienne. Depuis que les drones dominent le champ de bataille, de multiples centres de formation ont émergé à Kiev et dans les grandes villes ukrainiennes.
Des structures comme Protection of the Future ou Drone Fight Club proposent désormais des formations complètes :
- Pilotage de drones FPV
- Assemblage et maintenance
- Stratégies de combat aérien
Ces formations sont accessibles en quelques clics pour un coût très abordable – entre 5 000 et 15 000 hryvnias (environ 120 à 350 euros) selon les modules choisis.
Près de 7 000 élèves déjà formés
La Killhouse Academy, pionnière en la matière, a déjà accueilli près de 7 000 élèves, dont environ un tiers de civils. Alexandra vient de terminer ses dix jours de formation : « C'est une super expérience de contrôler, naviguer, comprendre comment ça fonctionne. Si je rejoins l'armée un jour, je préférerais être droniste ».
L'apprentissage n'est pas sans difficultés. Roman, un autre apprenti, ramène son drone après une quatrième chute consécutive. « C'est toi qui nous casses tous les drones ? », plaisante l'instructeur, un officier vétéran de la 3e brigade d'assaut.
Une profession d'avenir, militaire ou civile
Pour ces soldats aguerris, former les civils prend tout son sens. « C'est la profession du futur : même si tu ne veux pas t'engager, c'est le monde de demain », explique un soldat au nom de guerre « Radio ». Il rappelle qu'au début de la guerre à grande échelle en 2022, les premiers pilotes de drones étaient souvent d'anciens civils habitués à filmer leurs vacances.
Dmytro, qui fêtera ses 25 ans dans une semaine – l'âge de la mobilisation –, voit cette formation comme un premier pas vers son futur métier. « J'ai voulu tester les drones car je n'y connaissais rien. C'est franchement difficile, mais quand on y arrive, c'est satisfaisant ». Il prévoit de se rendre volontairement au bureau d'enrôlement pour pouvoir choisir sa brigade et sa spécialité.
Susciter des vocations en temps de guerre
La Killhouse Academy assume ouvertement son objectif principal : susciter des vocations militaires à l'heure où la mobilisation peine en Ukraine. Selon les observateurs, l'armée ukrainienne aurait besoin d'au moins 300 000 à 500 000 nouvelles recrues.
« Ici, 30 % des civils qui viennent s'engagent après », affirme avec fierté le sergent Evgueni, instructeur en chef. « Mais on ne force personne. On veut que ce soit accessible, ouvert à tous. Si une personne vient jusqu'ici et suit la formation du début à la fin, c'est au moins que cela compte pour elle ».
Une expansion nationale et internationale
Déjà implantée dans trois autres villes ukrainiennes (Odessa, Lviv et Tcherkassy), la Killhouse Academy lance désormais sa branche internationale. Le brigadier général Andriy Biletsky, son fondateur et ex-commandant de la brigade Azov, a annoncé début février la création d'écoles similaires « dans plusieurs pays de l'OTAN ».
Dans un autre mobil-home du complexe, les élèves suivent des cours théoriques. À la lueur d'une boule à facettes, Roman, père de trois enfants, s'exerce sur simulateur. « Si c'est ce qui m'attend, je veux être prêt », explique ce quadragénaire, actuellement exempté de mobilisation mais conscient que la situation pourrait évoluer.
Une préparation encouragée par les autorités
Les autorités ukrainiennes encouragent activement les civils à se préparer. En avril 2025, une directive gouvernementale a demandé la création de « centres régionaux de formation à la résistance nationale » dans tout le pays.
Dans ces centres, des vétérans enseignent aux civils :
- Les bases de la sécurité
- Le maniement des armes
- La médecine tactique (pose de garrot, arrêt d'hémorragie)
« Des choses que chaque personne en Ukraine doit savoir faire aujourd'hui. On a déjà vu les Russes arriver aux portes de Kiev. En cas de nouvelle offensive, la population civile devra être en mesure de contribuer à la défense », insiste le 3e Corps d'assaut.
Alors que la guerre entre dans une nouvelle phase, ces formations représentent plus qu'un simple apprentissage technique. Elles symbolisent la résilience d'une nation qui prépare ses citoyens à tous les scénarios, faisant du pilotage de drone une compétence de survie autant qu'une arme de défense.



