Ratko Mladic, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, est mort ce jeudi 27 août à l'âge de 84 ans, selon la télévision nationale de Serbie (RTS). Surnommé « le boucher de Bosnie », il purgeait une peine de réclusion à perpétuité dans une unité de détention des Nations unies à La Haye, aux Pays-Bas.
Une fin de vie marquée par la maladie et un refus de transfert
Ratko Mladic était gravement malade depuis plusieurs mois. Quelques jours avant son décès, le Mécanisme résiduel pour les tribunaux pénaux de l'ONU à La Haye avait rejeté la demande de sa famille et du gouvernement serbe de le transférer dans un hôpital militaire de Belgrade pour y être soigné.
Condamné en 2017 à la perpétuité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, il avait été arrêté en Serbie en 2011 après seize années de cavale. Il avait également été reconnu coupable d'avoir mené une vaste campagne de « nettoyage ethnique » visant à repousser certaines populations pour créer une « Grande Serbie ». Un verdict confirmé en appel en 2021.
Des crimes « parmi les plus odieux connus de l'humanité »
Lors de ses comparutions, Ratko Mladic a toujours soutenu qu'il n'était coupable ni de génocide ni de crimes de guerre. La justice internationale a estimé que les crimes qu'il avait commis figuraient « parmi les plus odieux connus de l'humanité ». Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU avait salué sa condamnation à perpétuité le 22 juillet 2017, la qualifiant de « victoire capitale pour la justice ». L'ancien Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad al-Hussein, l'avait qualifié d'« incarnation du mal ».
Ratko Mladic est à l'origine des épisodes génocidaires les plus sombres de la guerre de Bosnie, qui a fait plus de 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés. Il a notamment été condamné pour avoir orchestré le massacre d'environ 8 000 hommes et adolescents musulmans bosniaques commis par les forces serbes en seulement quelques jours dans la région de Srebrenica, dans l'est de la Bosnie, en juillet 1995.
Le massacre de Srebrenica, pire tuerie en Europe depuis 1945
Ces 8 000 Bosniaques musulmans avaient cherché refuge dans ce qui devait être une enclave protégée par les Nations unies. Séparés de leurs familles, ils avaient été exécutés dans une forêt et enterrés dans des fosses communes qui, pour beaucoup, ont par la suite été rouvertes et les restes déplacés dans l'objectif de dissimuler les preuves. Des milliers de femmes, d'enfants – dont des images d'archive montrent Ratko Mladic leur distribuer des bonbons – et de personnes âgées avaient été déportés. Cette tuerie est considérée comme la pire en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les rares survivants ont témoigné des meurtres, des actes de torture et de viols orchestrés par les membres des forces serbes de Bosnie. L'Assemblée générale de l'ONU avait créé en 2024 une Journée internationale de commémoration de ce génocide, le 11 juillet. Les 30 ans de ce massacre, qualifié de génocidaire par la justice internationale, avaient été commémorés l'année dernière.
Une figure encore glorifiée par certains
L'ancien chef militaire est toujours glorifié par certains dirigeants politiques serbes et des Serbes de Bosnie qui continuent, pour certains, à le percevoir comme un héros. Après avoir rendu visite à son père à La Haye, Darko Mladic, son fils, avait déclaré : « C'est un assassinat silencieux de mon père ». Il avait assuré que les médecins du centre pénitentiaire avaient « entièrement arrêté les soins ».



