Une enquête de l'ONG israélienne Breaking the Silence, publiée le 2 juillet 2023, dénonce la déshumanisation systématique des Palestiniens au sein de l'armée israélienne. Selon le rapport intitulé « Cibles », les soldats sont formés à considérer les Palestiniens non comme des êtres humains, mais comme des objectifs militaires. L'étude s'appuie sur des témoignages de 130 soldats et officiers ayant servi en Cisjordanie et à Gaza entre 2020 et 2023.
Des formations qui banalisent la violence
Le rapport révèle que lors des entraînements, les instructeurs utilisent un langage déshumanisant. « On nous apprenait à dire 'cible' au lieu de 'personne', 'terrain' au lieu de 'quartier résidentiel' », témoigne un ancien soldat cité dans le document. Selon Breaking the Silence, cette rhétorique conduit à une banalisation de la violence, augmentant le risque de bavures. L'ONG affirme que 72 % des soldats interrogés ont été témoins d'actes de violence injustifiés contre des civils palestiniens.
Un système qui encourage l'impunité
L'enquête pointe également un système disciplinaire défaillant. « Les plaintes pour violences sont rarement suivies d'enquêtes sérieuses », explique Yael Stein, chercheuse pour Breaking the Silence. « Moins de 1 % des plaintes aboutissent à des poursuites pénales », ajoute-t-elle. Cette impunité, selon le rapport, renforce la culture de la déshumanisation. Les soldats se sentent autorisés à agir sans crainte de sanctions.
Des conséquences sur le terrain
Les conséquences de cette formation sont visibles sur le terrain. Le rapport cite le cas d'un checkpoint où un soldat a tiré sur un enfant palestinien de 12 ans, le blessant gravement. « J'ai agi par réflexe, je voyais une menace, pas un enfant », a déclaré le soldat lors de son témoignage. Breaking the Silence dénombre au moins 15 incidents similaires depuis 2021. L'armée israélienne, contactée par Libération, a qualifié le rapport de « partial et non représentatif », mais n'a pas fourni de données contraires.
Une réaction politique contrastée
Le rapport a suscité des réactions contrastées en Israël. Des députés de gauche ont demandé une enquête parlementaire, tandis que des responsables de la droite ont accusé l'ONG de « nuire à l'image de Tsahal ». Le ministre de la Défense, Yoav Gallant, a déclaré que « l'armée israélienne agit conformément au droit international ». Cependant, des experts en droit international, comme le professeur Michael Sfard, estiment que « cette déshumanisation constitue une violation des Conventions de Genève ».



