Khamenei martyr fabriqué : le message politique des funérailles en Iran
Khamenei martyr fabriqué : message politique des funérailles

Les funérailles du président iranien Ebrahim Raïssi, mort dans un accident d'hélicoptère le 19 mai 2024, ont été transformées en une mise en scène politique par le guide suprême Ali Khamenei. Ce dernier a qualifié Raïssi de « martyr », un terme chargé de sens dans la théologie politique iranienne, visant à consolider le récit de résilience du régime face aux pressions internationales.

Un accident instrumentalisé

L'accident, survenu dans des conditions météorologiques difficiles dans la province de l'Azerbaïdjan oriental, a tué Raïssi ainsi que le ministre des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian et six autres passagers. Dès l'annonce du décès, Khamenei a prononcé un discours où il a présenté Raïssi comme un « martyr de la voie de Dieu », insistant sur son dévouement à la République islamique. Selon des analystes cités par l'AFP, cette rhétorique vise à détourner l'attention des critiques internes sur la gestion de la crise économique et des manifestations de 2022.

Un cortège populaire sous contrôle

Les funérailles, qui se sont déroulées sur plusieurs jours à Tabriz, Qom, Téhéran et Mashhad, ont attiré des millions de personnes. Le 22 mai, à Téhéran, Khamenei a dirigé la prière funéraire, un geste rare réservé aux figures majeures du régime. Les médias d'État ont diffusé des images de foules en pleurs, brandissant des portraits de Raïssi. Cependant, des observateurs ont noté que la participation était en partie organisée par les bassidjis, milice paramilitaire, et que des bus avaient été affrétés pour transporter les fidèles. Un habitant de Téhéran a confié au journal Le Point : « Beaucoup sont venus par peur de représailles, mais aussi par conviction. »

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Un message de continuité

La mise en avant du martyre de Raïssi sert également à légitimer la transition vers le prochain président, dont l'élection anticipée est prévue le 28 juin. Khamenei a souligné que « le chemin de Raïssi se poursuivra », un message de stabilité adressé tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Cette stratégie rappelle celle utilisée après l'assassinat du général Qassem Soleimani en 2020, également qualifié de martyr. Pour l'experte en Iran, Azadeh Pourzand, interrogée par Le Point, « le régime utilise le martyre comme un outil de mobilisation politique, surtout en période de crise de légitimité. »

Des funérailles aux enjeux régionaux

Les funérailles ont aussi été l'occasion de réaffirmer les alliances régionales de l'Iran. Des délégations du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et des Houthis yéménites ont assisté aux cérémonies. Le guide suprême a prononcé un discours où il a accusé Israël et les États-Unis d'être responsables des tensions au Moyen-Orient, tout en évitant de mentionner directement l'accident. Selon le chercheur en sciences politiques à l'Université de Téhéran, Mohammad Reza Dehshiri, « Khamenei cherche à projeter l'image d'un Iran fort et uni, malgré les divisions internes. » Les funérailles de Raïssi, avec leur mise en scène du martyre, s'inscrivent dans une longue tradition de théologie politique iranienne où la mort devient un instrument de légitimation du pouvoir.

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