Alors que les incendies de forêt deviennent plus fréquents et plus intenses sous l'effet du changement climatique, la stratégie française, axée sur la lutte, montre ses limites. Un rapport d'experts remis au gouvernement préconise un virage vers la prévention et l'aménagement durable des forêts.
Un constat alarmant
Selon le rapport remis par le groupe d'experts sur les feux de forêt, présidé par le sénateur Jean Bacci, la France a connu en 2022 une saison des incendies exceptionnelle, avec plus de 72 000 hectares brûlés, soit six fois la moyenne annuelle des années précédentes. Les projections climatiques indiquent que ces épisodes extrêmes deviendront la norme d'ici 2050.
Le rapport souligne que les moyens actuels de lutte, bien qu'efficaces, ne pourront pas faire face à l'ampleur des feux à venir. « Tout miser sur la lutte n'est plus suffisant, il faut s'atteler à la prévention », déclare Jean Bacci, cité dans le document.
Investir dans la prévention
Les experts recommandent de multiplier par cinq les investissements dans la prévention, passant de 30 millions d'euros par an à 150 millions. Ces fonds serviraient à créer des coupures de combustible, à entretenir les forêts et à sensibiliser les populations. Actuellement, seulement 10 % des forêts françaises sont considérées comme bien aménagées face au risque incendie.
Le rapport préconise également de renforcer la réglementation sur les constructions en zone forestière et d'inciter les propriétaires à débroussailler. « La prévention est un investissement rentable : chaque euro dépensé en prévention permet d'économiser plusieurs euros en lutte et en réparation », explique un expert forestier.
Un changement de paradigme nécessaire
Le document insiste sur la nécessité d'une approche intégrée, associant collectivités, forestiers et pompiers. Il propose la création d'une agence nationale dédiée à la prévention des feux de forêt, sur le modèle de Météo-France pour les risques climatiques.
Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, a salué le rapport et annoncé la mise en place d'un plan national de prévention d'ici 2024. « Nous devons adapter notre modèle forestier et notre stratégie de défense face à un risque accru », a-t-il déclaré.
Des exemples à suivre
Le rapport cite en exemple le Portugal, qui a réduit de 40 % les surfaces brûlées en cinq ans grâce à un vaste programme de prévention. En France, des initiatives locales comme celle de la forêt de la Teste-de-Buch en Gironde, où des pare-feux et des zones d'appui à la lutte ont été créés, montrent l'efficacité de ces mesures.
Les experts appellent à une mobilisation générale, estimant que le coût de l'inaction serait bien plus élevé. « Chaque année, les incendies coûtent à la France près de 500 millions d'euros en dommages directs et indirects », rappelle le rapport.



