Conflit Israël-Hezbollah : l'analyse d'Antoine Basbous sur l'escalade et le rôle de l'Iran
Dans le contexte du conflit qui enflamme le Moyen-Orient, une nouvelle guerre s'est déclenchée entre Israël et le Hezbollah libanais. Cette escalade fait suite à la confirmation par l'Iran de la mort de l'ayatollah Khamenei, guide suprême iranien, dans un bombardement américano-israélien de sa résidence à Téhéran. En réponse, le Hezbollah, allié de la république islamique, a lancé le lundi 2 mars des attaques de missiles et de drones sur Israël, provoquant une vaste opération militaire israélienne de représailles sur le Liban.
Déterminé à faire cesser les tirs du Hezbollah, l'État hébreu a lancé le lundi 16 mars une opération terrestre dans le sud du pays du Cèdre, annonçant son intention de créer une « zone tampon » sur une large bande de territoire. Pour décrypter les enjeux de ce conflit, le politologue franco-libanais Antoine Basbous, directeur de l'Observatoire des pays arabes et associé au cabinet international français Forward Global, a accordé une interview au Point.
La responsabilité de l'Iran dans l'escalade
Antoine Basbous est catégorique : « C'est tout simplement l'Iran qui a décidé d'ouvrir un front de substitution et de diversion au Liban et le Hezbollah s'est exécuté. » Il rappelle le discours de Hassan Nasrallah, ancien secrétaire général du Hezbollah, qui se présentait comme un soldat de l'armée du Wali al Faqih, l'ex-guide suprême iranien Ali Khamenei. « Les Iraniens, après avoir financé le Hezbollah, exporté leur doctrine et embrigadé la communauté chiite, ont compris qu'ils vivaient la dernière des guerres, et ont agi pour soulager le front iranien. »
Le Hezbollah et le « suicide du Liban »
Interrogé sur la une du quotidien libanais L'Orient-le-jour évoquant un « suicide du Liban » de la part du Hezbollah, Basbous répond : « C'est là l'exacte vérité, à savoir que le Hezbollah ne se soucie ni de l'avenir ni du bien-être du Liban. » Il souligne que plus de 800 000 chiites ont tout abandonné et errent dans le pays, leurs maisons détruites, sans avenir. « Leur responsabilité est immense, notamment celle de Nabih Berri, le chef du parlement et plus ancien de leurs responsables politiques. »
L'influence persistante du Hezbollah
Malgré le conflit d'octobre 2024, l'influence du Hezbollah n'a pas totalement diminué, selon Basbous. « Le parti continuait à avoir ses membres contestataires au sein du gouvernement libanais. Leur chef, Naïm Qassem, continuait à défier l'exécutif et ses décisions. » Il ajoute que le parti islamiste chiite gardait toujours la main, maintenant son emprise sur l'État profond et sur tous les généraux, certains étant associés à la mafia du Hezbollah.
Les tentatives de désarmement et la réalité de l'État profond
Le gouvernement libanais a œuvré avec peine depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 pour désarmer le Hezbollah, mais avec des engagements contradictoires. Basbous explique : « Quand le commandant en chef de l'armée refuse d'appliquer les décisions du gouvernement de dissoudre la branche militaire et sécuritaire du Hezbollah, il est soutenu par le président du Parlement, Nabih Berri. » Cela s'explique par la réalité de l'État profond libanais, où tous ces responsables sont redevables du Hezbollah.
La possibilité d'un désarmement sans guerre civile
Pour désarmer le Hezbollah, Basbous estime qu'il faudrait mettre fin au double discours. « Dans un État normal, il ne peut pas y avoir d'institutions parallèles. On ne peut pas avoir deux armées, l'une payée par le citoyen et l'autre qui obéit à Téhéran. » Il déplore qu'aucune action concrète n'ait été prise pour expliquer pourquoi les miliciens du Hezbollah bénéficient toujours de laissez-passer et circulent avec des voitures sans plaque d'immatriculation.
L'objectif d'Israël et les conséquences pour le Liban
Selon Basbous, l'objectif d'Israël au Liban est de « se débarrasser de toute présence humaine hostile, y compris chrétienne, sur une profondeur de plus de vingt kilomètres jusqu'au fleuve Litani. » La guerre va entraîner l'établissement d'une zone de sécurité où il n'y aura plus âme qui vive, avec des conséquences désastreuses pour les villageois chiites. « Il s'agit, pour Israël, de signifier au Hezbollah et à la communauté chiite que ceux qui s'opposent à lui seront éradiqués. »
Les perspectives politiques et la redistribution du pouvoir
Basbous décrit le Liban comme atteint d'un « sida politique » avec presque plus d'immunité. Il souligne que le pays ne peut plus compter sur le soutien traditionnel de la France, des États-Unis et des pays arabes, ces derniers étant davantage préoccupés par leur propre sort. Concernant la redistribution du pouvoir confessionnel, il affirme : « La véritable compétition au Liban ne se joue pas entre chrétiens et musulmans, mais entre musulmans sunnites et chiites. » Pour arbitrer cette rivalité, un arbitre chrétien est nécessaire, mais son pouvoir est plus symbolique que concret.



