Le piège iranien : guerre ou négociation, l'impasse américaine
Iran : guerre ou négociation, l'impasse américaine

Le paradoxe de la puissance aérienne face au blocus d'Ormuz

D'un côté, les forces américaines et israéliennes contrôlent l'espace aérien iranien et peuvent frapper leur ennemi à volonté. De l'autre, la République islamique refuse toute concession et prend en otage l'économie mondiale via le détroit d'Ormuz. À Washington, à part Donald Trump qui clame victoire, chacun mesure l'impasse stratégique. Le choix est binaire : poursuivre la guerre ou entamer des négociations.

Les limites des bombardements intensifs

Reprendre massivement les frappes pour détruire les infrastructures iraniennes serait possible, mais pourquoi obtiendraient-elles ce que 37 jours de bombardements n'ont pas réussi ? L'Iran conserve les capacités militaires nécessaires pour infliger des dégâts considérables aux installations pétrolières et gazières régionales. Le tournant est survenu le 18 mars, lorsque l'Iran a riposté à une attaque israélienne sur un terminal du gisement de gaz de South Pars, exploité avec le Qatar, en visant les installations qataries. Les destructions infligées nécessiteront des années de réparations. Trump a alors immédiatement ordonné l'arrêt des frappes sur les infrastructures énergétiques.

Une leçon comprise par les voisins

La leçon a été claire, notamment pour l'Arabie saoudite. Téhéran a signifié à tous que la reprise des combats risquerait de dévaster l'économie régionale et mondiale. Quant à débloquer le détroit d'Ormuz par la force, le succès est hypothétique, tant sur le terrain qu'en raison de la réticence probable des compagnies d'assurance à autoriser la reprise du transit, par crainte des mines et d'une éventuelle riposte iranienne.

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La voie de la négociation, semée d'embûches

La négociation reste possible, mais se heurte à la conviction iranienne d'avoir gagné la guerre et à leur volonté de tirer profit de leur victoire. Les Iraniens n'accordent aucune confiance à leurs ennemis, qui ont prouvé à plusieurs reprises leur manque de parole : attaques pendant des négociations, assassinats ciblés de négociateurs iraniens, non-respect de cessez-le-feu par Israël, blocus américain en contradiction avec des accords. Dans ce contexte, Téhéran voit les pourparlers comme un écran pour préparer des frappes surprises. Une garantie solide, sous forme d'un engagement public sans échappatoire, est donc indispensable.

Ormuz, le gain spectaculaire de l'Iran

Il est hautement improbable que l'Iran renonce au contrôle du détroit d'Ormuz, dont l'efficacité redoutable lui permet d'imposer sa volonté à l'économie mondiale et à tout pays hostile. Plus efficace qu'une arme nucléaire, ce contrôle, qu'il prenne la forme d'un péage ou non, manifesterait que le libre passage ne dépend que de la bonne volonté de l'Iran, lui conférant prestige et puissance bien au-delà de ce qu'ils étaient avant l'attaque israélo-américaine.

Face-à-face armé ou désengagement ?

Face à l'impossibilité ou la complexité d'une négociation, reste le face-à-face armé : blocus américain contre blocage iranien. Mais quelle serait la conséquence sur l'économie mondiale et américaine à quelques mois des élections de mi-mandat ? Croire que le régime iranien cédera le premier, c'est ignorer sa radicalité : rien ne dit qu'après avoir tué des dizaines de milliers de ses citoyens, il serait ému par leurs souffrances. Autour de Trump, on envisage donc un désengagement accompagné de cris de victoire, en laissant la région régler ses problèmes. Un échec couvert par les clameurs présidentielles, mais aux conséquences lourdes à moyen et long terme.

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Les conséquences d'une défaite américaine

Les États-Unis ont perdu des guerres (Vietnam, Afghanistan) tout en restant une superpuissance. Mais aujourd'hui, ce serait la fin d'un pilier de leur puissance : les États du Golfe, non protégés, chercheraient ailleurs leur salut, tout en subissant une tutelle iranienne. Continueraient-ils à soutenir l'empire du dollar, qui repose en partie sur son usage pour l'achat de gaz et pétrole ? De plus, il serait démontré que le garde-chasse a rejoint les braconniers et qu'il est possible de s'en protéger. Enfin, chaque État n'aurait plus d'autre recours qu'une course aux armements dans une pure logique de rapport de force. Trump n'aurait pas seulement été vaincu à court terme, mais aurait sabordé l'ordre financier, économique et militaire qui a toujours permis aux États-Unis de réparer leurs désastres.