L'invitation de responsables talibans par la ville de Bruxelles pour des discussions sur l'aide humanitaire a provoqué une vive polémique, des militants afghans et des organisations non gouvernementales dénonçant une « schizophrénie totale » de la part des autorités européennes. Selon un article de Libération publié le 23 juin 2026, cette décision intervient alors que le régime taliban continue de violer les droits humains, notamment ceux des femmes et des filles.
Une invitation controversée
La ville de Bruxelles a invité des représentants talibans pour des pourparlers portant sur l'aide humanitaire à l'Afghanistan. Cette initiative, qui s'inscrit dans le cadre d'une approche pragmatique de l'Union européenne visant à maintenir un dialogue avec les autorités de facto, a été vivement critiquée. « Nous sommes dans la schizophrénie la plus totale », a déclaré un militant afghan sous couvert d'anonymat, cité par Libération. « D'un côté, l'Europe condamne les violations des droits humains, de l'autre, elle invite les responsables de ces violations à sa table. »
Les ONG montent au créneau
Plusieurs ONG, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont exprimé leur indignation. Dans un communiqué, Amnesty a rappelé que depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021, les femmes ont été exclues de la vie publique, les filles privées d'éducation secondaire et les minorités persécutées. « Inviter les talibans à Bruxelles, c'est légitimer leur régime et envoyer un signal désastreux aux Afghans qui luttent pour leurs droits », a déclaré un porte-parole de l'ONG. Selon un rapport de l'ONU de 2025, plus de 80 % des Afghans vivent sous le seuil de pauvreté, et la situation humanitaire reste catastrophique.
Une position européenne ambiguë
L'Union européenne justifie cette invitation par la nécessité de dialoguer avec les talibans pour garantir l'acheminement de l'aide humanitaire et la sécurité des travailleurs humanitaires. Cependant, cette position est critiquée comme étant hypocrite. « Comment peut-on parler de droits humains tout en serrant la main de ceux qui les bafouent ? », s'interroge un responsable d'ONG. Selon des sources diplomatiques, plusieurs pays européens, dont la France et l'Allemagne, auraient exprimé leur mécontentement face à cette initiative unilatérale de la Belgique.
Des conséquences déjà visibles
Cette invitation a déjà eu des répercussions sur le terrain. Des militants afghans ont rapporté une recrudescence de la répression, les talibans utilisant cette invitation comme une caution internationale. « Ils se sentent renforcés dans leur position », a confié un activiste basé à Kaboul. Par ailleurs, des manifestations ont eu lieu devant l'ambassade de Belgique à Kaboul, des Afghans brandissant des pancartes dénonçant la « trahison » de l'Europe.
Un débat qui divise
Au sein même de la société belge, cette invitation suscite des débats. Des députés de l'opposition ont interpellé le gouvernement, exigeant des explications. « Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n'était », a déclaré une députée écologiste. Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, a défendu cette initiative en affirmant qu'il s'agissait d'une « nécessité humanitaire », mais il n'a pas exclu de revoir la position de la ville en fonction des réactions.
Alors que les discussions se poursuivent, la communauté internationale reste divisée sur la marche à suivre face aux talibans. Entre realpolitik et défense des droits humains, l'équilibre semble plus que jamais difficile à trouver.



