Dans une carte blanche publiée le 1er septembre 2026, Guillaume Duval, coprésident du club Maison commune et ancien rédacteur en chef d'« Alternatives économiques », affirme que la passivité des Européens face aux actions du gouvernement israélien dirigé par Benyamin Netanyahou ne peut s'expliquer ni par la culpabilité historique liée à l'antisémitisme, ni par des intérêts géopolitiques ou économiques. Selon lui, seule l'hypothèse du racisme, notamment à l'égard des musulmans, permettrait de comprendre cette inaction.
Une culpabilité historique insuffisante pour expliquer la passivité
Guillaume Duval écarte d'abord l'argument de la culpabilité liée à l'antisémitisme européen. Il reconnaît que ce sentiment existe « bien sûr partout en Europe, notamment en Allemagne, et c'est heureux ». Cependant, il estime qu'il ne peut pas justifier que les Européens acceptent de se rendre complices de ce qui apparaît « de plus en plus clairement comme un nouveau génocide ». Il juge « absurde » d'imaginer que les Européens choisissent de compromettre de nouveau leur honneur et leur dignité en laissant se produire un génocide supplémentaire au nom d'un sentiment de culpabilité pour un génocide passé.
Des intérêts géopolitiques et économiques contre-productifs
L'auteur rejette également l'explication par les intérêts géopolitiques ou économiques de la France et de l'Europe. Il observe « exactement l'inverse » : cette passivité nuit gravement à l'Europe en l'isolant du monde en développement, au moment où elle aurait besoin de nouveaux alliés face aux agressions de Trump et de Poutine. Le « double standard honteux » pratiqué ouvertement entre la Russie de Poutine et l'Israël de Netanyahou affaiblit le soutien des pays du Sud au combat de l'Ukraine. Il rappelle que l'Union européenne aurait les moyens d'obliger le gouvernement israélien à changer de politique, notamment par la suspension de son accord d'association avec Israël, mais qu'elle refuse obstinément d'utiliser ces moyens de pression.
Le racisme comme seule explication
Après avoir écarté ces deux explications, Guillaume Duval en arrive à une conclusion qu'il présente comme « la seule explication possible » : le racisme. Il estime que dans une Europe « de plus en plus dominée par la xénophobie et le racisme, en particulier à l'égard des musulmans », l'Israël de Benyamin Netanyahou est considéré par une majorité d'Européens et de dirigeants comme « la pointe avancée au Proche-Orient du combat mondial » entre l'islam et une prétendue « civilisation judéo-chrétienne ». Dans cette « guerre de civilisation » existentielle, tous les moyens seraient jugés bons par ceux qui adhèrent à ces thèses.
L'auteur conclut en exprimant son regret d'en arriver à une telle conclusion, mais affirme qu'on voit mal d'autre explication au comportement actuel des dirigeants français et européens à l'égard de l'Israël de Netanyahou, Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich. Guillaume Duval, qui a été speechwriter de Josep Borrell, ancien haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, signe cette carte blanche dont le point de vue n'engage pas la rédaction.



