Guerre Iran-USA : Les déclarations contradictoires de Trump et les capacités militaires de Téhéran
Pour la première fois depuis le début du conflit, Donald Trump a affirmé, vendredi 21 mars, envisager de « réduire graduellement » les opérations militaires contre l'Iran, sur sa plateforme Truth Social. Cette annonce survient quelques heures après qu'il ait exclu toute possibilité de cessez-le-feu, créant une confusion notable dans son discours.
Cette contradiction intervient alors que l'Iran, que Washington présente comme affaibli, continue de brandir des menaces. Pour y voir plus clair, Le Point a interrogé Michel Goya, ancien officier des Troupes de marine et analyste des conflits contemporains, qui décrypte les capacités réelles de Téhéran et les scénarios d'évolution possibles.
Les stocks de missiles et drones iraniens : une estimation floue mais inquiétante
Michel Goya souligne que les estimations des stocks iraniens restent imprécises. « La plupart évoquaient un stock initial d'environ 2 500 missiles, mais certaines montaient jusqu'à 6 000 », explique-t-il. Il s'agit principalement de missiles balistiques à courte portée. En revanche, la production est mieux connue, estimée à trois ou quatre missiles par jour, souvent fabriqués dans des installations souterraines.
Au 21e jour de guerre, un peu plus d'un millier de missiles ont été tirés. On estime qu'entre 500 et 1 000 ont été détruits au sol, ainsi qu'environ 300 lanceurs sur un total de 500. « Les lanceurs constituent le véritable goulet d'étranglement », insiste l'expert.
La capacité de production et de renouvellement : un enjeu central
Dans cette guerre de frappes à distance, inédite à cette échelle, la bataille des drones et des missiles est cruciale. « La capacité de production et de renouvellement est absolument centrale », affirme Michel Goya. Il ajoute : « Tirer est aussi une fin en soi : tant que les Iraniens tirent, ils ne sont pas vaincus. »
Les Iraniens ont structuré leur dispositif autour de bastions intégrés, avec des zones de responsabilité : Israël pour les armes à longue portée, les pays du Golfe pour les plus courtes. Ils disposent également de relais délocalisés, comme le Hezbollah ou les Houthis, pour l'instant inactifs.
Au début du conflit, ces forces ont frappé massivement pour saturer les défenses, puis sont passées en « mode endurance », avec une logique d'usure. Malgré les frappes, les Iraniens conservent une capacité de tir significative. « Au rythme actuel, ils peuvent encore frapper pendant deux à quatre mois avec leurs missiles », précise l'analyste.
La situation est encore plus préoccupante pour les drones de type Shahed : environ 4 000 au départ, avec une production d'une dizaine par jour. Cela leur permettrait de maintenir un harcèlement dans la durée, potentiellement beaucoup plus long.
Les déclarations de Trump : une réalité militaire incertaine
Michel Goya relativise les annonces de Donald Trump. « Je crois qu'il ne faut pas leur accorder trop d'importance. Donald Trump est capable de déclarer à quelques secondes d'écart que la guerre est presque finie… et qu'elle sera longue », note-t-il. En réalité, cette guerre est profondément imprévisible, et tous les acteurs naviguent à vue.
La coalition a mis en place un système complexe de « reconnaissance-frappe » pour traquer et détruire l'écosystème de tir iranien, mais cette bataille est loin d'être gagnée. Deux grands axes d'effort existent : détruire la menace militaire iranienne et, pour certains, le régime lui-même.
Que signifie « gagner » une guerre aujourd'hui ?
À défaut de victoire politique, comme un changement de régime, une victoire militaire partielle peut suffire. Capturer l'uranium enrichi, mettre fin aux tirs de missiles ou contrôler le détroit d'Ormuz pourraient être présentés comme des succès. « Cela permettrait à Donald Trump de se proclamer vainqueur et de se retirer, à condition que l'Iran accepte », explique Michel Goya.
Scénarios d'évolution : de l'épuisement mutuel à l'effondrement interne
Plusieurs scénarios sont possibles :
- Scénario le plus probable : Si le régime iranien tient, un épuisement mutuel suivi d'un cessez-le-feu. Chacun pourra alors se déclarer vainqueur : les Américains pour avoir réduit la menace, les Iraniens pour avoir résisté.
- Scénario pessimiste : La guerre pourrait s'enliser durablement, sans cessez-le-feu.
- Scénario de concessions : Le régime pourrait céder sous la pression et accepter des concessions majeures.
- Scénario d'effondrement : Un effondrement interne, avec un risque de transition chaotique, voire de guerre civile.
À ce stade, la situation reste profondément imprévisible. « On y verra sans doute plus clair dans quelques semaines », conclut Michel Goya, soulignant l'incertitude qui plane sur l'issue de ce conflit complexe.



