Une enquête du journal Libération, publiée le 28 août 2026, bouleverse les décomptes des journalistes tués à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Selon cette enquête, 46 « journalistes » recensés par des ONG comme Reporters sans frontières (RSF), le Comité de protection des journalistes (CPJ) ou la Fédération internationale des journalistes (FIJ) étaient en réalité des combattants d’organisations terroristes, dont certains ont participé aux attaques du 7 octobre. Face à ces révélations, basées sur des données issues de boucles Telegram, le CPJ et la FIJ ont engagé des vérifications de leurs bases de données.
Des hommages du Hamas qui contredisent les nécrologies
Depuis l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu il y a quelques mois, le Hamas et le Jihad islamique palestinien (JIP) publient en ligne, notamment sur des boucles Telegram, des milliers d’hommages à leurs combattants, appelés « moudjahid ». Ces publications ont permis à Libération de croiser les données et d’identifier des cas où des personnes présentées comme journalistes étaient en réalité membres de groupes armés.
L’exemple le plus frappant est celui de Mohammad Jarghoun, 28 ans, initialement présenté comme un journaliste travaillant pour l’agence de production Smart Media. Tué par l’armée israélienne le jour même du pogrom du 7 octobre 2023, son visage est apparu le 22 juin dernier dans un fil de diffusion des brigades Al-Qassam, la branche armée du Hamas. L’hommage le décrit comme « martyr moudjahid d’Al-Qassam », vêtu d’un uniforme, ruban vert sur le front et arme à l’épaule. D’autres images le montrent dans un tunnel ou en plein exercice militaire.
Des bilans en cours de révision par les ONG
Selon Libération, Mohammad Jarghoun a été retiré du décompte de RSF, mais son nom figure encore dans ceux du CPJ et de la FIJ, malgré ces preuves. L’enquête précise que sur les 46 cas identifiés, 27 sont dépeints comme « commandants » par les nécrologies publiées par les groupes terroristes, et 18 étaient affectés à des unités de « médias militaires ».
Le CPJ et la FIJ ont enclenché, ou sont en train d’enclencher, des vérifications de leurs bases de données. La FIJ a, par exemple, retiré huit noms en secret, sans aucune communication sur son site. « Il s’agit d’un travail de vérification qui évolue au fil du temps et qui est perpétuel », affirme l’organisation.
Une réalité nuancée pour les vrais journalistes
Cette découverte ne remet pas en cause le sort des nombreux véritables journalistes décédés lors du conflit. Shrouq Al Aila, une journaliste présente à Gaza, explique ce phénomène : « Être combattant n’apporte pas une source de revenus suffisante, donc ils ont parfois un travail en parallèle. »
Les ONG poursuivent donc leurs vérifications, tandis que les décomptes officiels restent en évolution. Cette affaire soulève des questions sur la fiabilité des données issues de sources non vérifiées, mais ne doit pas occulter la réalité des pertes parmi les professionnels des médias dans la bande de Gaza.



