Depuis plusieurs semaines, l'Ukraine mène des frappes en profondeur sur le territoire russe, touchant des cibles situées à 800, 900, voire plus de 1 000 km de la ligne de front. Ces attaques, que l'armée russe peine à contrer, visent des bases militaires, des raffineries et des usines de production de matériel militaire. Selon Ulrich Bounat, analyste géopolitique spécialiste de l'Europe centrale et de l'Est, ces frappes marquent le début d'une phase d'escalade, mais ne constituent pas encore un tournant stratégique, car leur efficacité dépendra de la capacité de l'Ukraine à les maintenir sur le long terme.
Des frappes ciblées pour provoquer une pénurie d'essence
Les sites visés par l'Ukraine sont de plusieurs types. D'abord, les bases militaires, notamment les aérodromes d'où décollent les avions russes qui lancent des missiles vers l'Ukraine. Ensuite, les infrastructures liées à la production d'essence, comme les raffineries, les entrepôts de stockage ou les unités de production. Ulrich Bounat souligne une « volonté très claire de provoquer une pénurie d'essence en Russie ». Enfin, les usines de production de matériel militaire sont également dans le viseur.
Un objectif : forcer Moscou à négocier avant l'hiver
Selon l'analyste, ces frappes en profondeur visent à mettre la pression sur Moscou pour organiser de prochaines négociations. « C'est complètement l'objectif », affirme-t-il. Les Ukrainiens savent qu'ils ne feront pas tomber l'économie russe avec des drones ou des missiles, mais ils cherchent à rendre le coût social, politique et économique de la guerre intenable pour la Russie. Les images d'entrepôts détruits et leurs conséquences sur le quotidien des Russes ne seraient « pas tenables politiquement pour Vladimir Poutine », explique Ulrich Bounat.
La Russie en pleine escalade, mais sans recours au nucléaire
La Russie ne reste pas passive. Elle continue d'envoyer des missiles balistiques et de détruire les infrastructures ukrainiennes, ciblant désormais les grandes chaînes de magasins, ce qui provoque des pénuries. Les ports de la mer Noire sont bloqués depuis plusieurs semaines. « Les Russes sont aussi en pleine escalade », note l'analyste. Cependant, Vladimir Poutine ne dégaine pas la menace nucléaire. Ulrich Bounat explique que la doctrine nucléaire russe a été révisée, avec un seuil d'utilisation théoriquement plus bas, mais que « ça ne marche plus, ou en tout cas beaucoup moins bien ». De plus, recourir à l'arme nucléaire serait « un aveu de faiblesse », car cela signifierait que le problème est si grave qu'il faut y revenir. Poutine préfère donc l'escalade conventionnelle, avec toujours plus de missiles balistiques.



