Deux mois après l'explosion qui a visé Vadim Ermolaev et sa famille à Monaco, le milliardaire ukrainien a accordé une longue interview au média ukrainien Ukrainska Pravda, dans laquelle il révèle que la bombe contenait un explosif liquide très rare, transporté depuis l'Ukraine, et désigne ouvertement la direction du renseignement militaire ukrainien (GUR) comme responsable.
Le récit de la soirée du 29 juin
Vadim Ermolaev, installé à Monaco depuis 2022, raconte qu'il vivait sans protection particulière. « Je n'ai pas de garde du corps. Je conduis toujours moi-même, je n'avais besoin d'aucune protection », explique l'investisseur originaire de Dnipro.
Ce soir-là, la famille dîne au restaurant avant de rentrer à pied. « Nous sommes allés manger sur la promenade vers le café Zéphyr. C'était complet et nous n'avions pas de réservation. Nous avons pu trouver une place en terrasse dans un autre établissement. Nous avons mangé pendant une heure et nous sommes rentrés à pied à la maison. Au moment où j'ai sorti un badge magnétique pour le plaquer contre la porte, l'explosion s'est produite », raconte-t-il.
La violence du souffle a arraché la porte de la résidence. « La porte, une immense porte impossible à soulever, a été arrachée et pulvérisée en éclats. Vous pouvez encore voir les dégâts de l'explosion sur place. L'objectif était de nous tuer. Ma compagne Anna a été terriblement blessée, elle a passé un mois dans le coma. Mon fils a eu les jambes ensanglantées, une fracture et des brûlures », précise-t-il.
Un explosif d'origine militaire ukrainienne
Selon Vadim Ermolaev, l'enquête a révélé l'utilisation d'un matériel de pointe. « La bombe contenait un liquide et une substance explosif liquide très rare. Elle a été transportée depuis l'Ukraine. C'est une chose très spécifique qui laisse de terribles brûlures chimiques et qu'on ne trouve pas dans l'armée régulière », confie-t-il.
Il affirme que la suspecte identifiée par les caméras de sécurité, Anastasia Berezovska, aurait été aidée par une équipe rodée : « Les forces de l'ordre à Monaco l'ont vue sur leurs caméras dès le début du mois de mai en train de mener une filature. C'est logique, elle ne pouvait pas travailler seule en Europe. »
La poseuse de bombe a depuis été retrouvée assassinée en Ukraine. Deux suspects, dont l'un est lié au renseignement militaire ukrainien, ont été interpellés. Ils n'ont pas révélé le mobile de la tentative d'assassinat lors de leurs interrogatoires.
Le GUR directement mis en cause
Vadim Ermolaev accuse ouvertement le GUR : « Puisqu'un lieutenant-colonel en exercice du GUR a participé à cet événement, comment le GUR peut-il ne pas être impliqué ? » Il accuse également le GUR de freiner l'enquête en Ukraine. Il nuance toutefois la responsabilité de l'État : « Je ne pense pas que l'avoir ordonné vienne du Bureau du président ou de la direction. Quelqu'un a organisé tout ça pour de l'argent. »
Cible de sanctions en Ukraine pour des activités présumées en Crimée occupée, qu'il conteste formellement, le milliardaire réfute toute piste liée aux réseaux de call-centers clandestins, à la Russie ou à la politique. Il dément avoir voulu dénoncer la corruption en Ukraine. Pour lui, le mobile est simple : « l'argent ».
Une sécurité renforcée à Monaco
Jusqu'alors habitué à une vie paisible de « retraité » investissant sur les marchés financiers américains, Vadim Ermolaev a vu son quotidien bouleversé. Il a embauché des professionnels de la sécurité pour veiller sur lui et sa famille. « J'ai engagé une société privée pour assurer ma sécurité pour le moment, le temps que l'enquête se poursuive. J'espère que lorsque l'enquête trouvera les commanditaires, je pourrai vivre la vie d'une personne normale », confie-t-il.
Alors qu'il avait choisi la Principauté pour la sécurité offerte à ses résidents, Vadim Ermolaev assure « n'avoir aucun grief contre la Principauté de Monaco ». « Si cela s'est produit ici, imaginez les efforts administratifs, financiers et organisationnels que cela leur a coûté. En Ukraine, cela aurait été 10 fois plus simple de me tuer », conclut-il.



