Le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, est devenu la « carte de survie » de l'Iran, selon Paul Tourret, directeur de l'Institut Supérieur d'Économie Maritime (ISEMAR). Dans une analyse publiée par L'Express, il explique comment Téhéran utilise cette voie d'eau pour riposter aux sanctions internationales.
Un levier géopolitique majeur
L'Iran, confronté à un durcissement des sanctions américaines, voit dans le détroit d'Ormuz un moyen de pression. « En menaçant de fermer le détroit, l'Iran cherche à faire monter les enchères et à attirer l'attention sur sa situation », déclare Paul Tourret. Cette stratégie vise à contraindre les grandes puissances à négocier.
Le détroit, large de seulement 33 kilomètres à son point le plus étroit, est une artère vitale pour le transport du pétrole. Selon l'Agence internationale de l'énergie, environ 17 millions de barils de pétrole y transitent chaque jour, soit près d'un tiers du trafic maritime mondial de pétrole.
Un contexte de tensions croissantes
Les tensions se sont accrues depuis le retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018. L'Iran a multiplié les incidents dans la région, notamment des saisies de pétroliers et des attaques contre des installations saoudiennes. « Chaque incident dans le détroit provoque une flambée des prix du pétrole, ce qui affaiblit l'économie mondiale et donne à l'Iran un levier », ajoute Tourret.
La marine iranienne dispose de capacités asymétriques, comme des vedettes rapides et des mines, qui pourraient perturber le trafic. « Même sans bloquer totalement le détroit, l'Iran peut créer une insécurité qui fait monter les primes d'assurance et ralentit le commerce », précise l'expert.
Un risque pour l'économie mondiale
Une fermeture du détroit d'Ormuz aurait des conséquences désastreuses. Les pays asiatiques, notamment la Chine, le Japon et l'Inde, sont fortement dépendants du pétrole du Golfe. « Une interruption de quelques jours suffirait à provoquer une crise énergétique mondiale », souligne Tourret.
Les États-Unis, devenus exportateurs nets de pétrole, sont moins vulnérables, mais leurs alliés européens et asiatiques le sont. « C'est pourquoi Washington maintient une présence militaire importante dans la région, via la 5e Flotte basée à Bahreïn », note le directeur de l'ISEMAR.
Des alternatives limitées
Plusieurs projets de pipelines ont été envisagés pour contourner le détroit, mais ils restent insuffisants. L'oléoduc East-West en Arabie Saoudite peut transporter 5 millions de barils par jour, mais ne couvre qu'une partie des besoins. « Les alternatives sont coûteuses et longues à mettre en œuvre », explique Tourret.
Pour l'Iran, le détroit reste donc une arme de dissuasion. « Tant que les sanctions persisteront, Téhéran continuera à utiliser cette carte, quitte à prendre des risques », conclut Paul Tourret.



