Désinformation russe : Attal, Philippe et Glucksmann ciblés
Désinformation russe : Attal, Philippe, Glucksmann ciblés

En quelques jours, trois figures politiques françaises, candidates potentielles à la présidentielle de 2027, ont été la cible d'opérations de désinformation attribuées à la Russie. Gabriel Attal, Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann ont chacun été visés par de fausses informations, allant de la maladie imaginaire à des propos inventés. Selon Viginum, le service de l'État chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, l'attaque visant Gabriel Attal est attribuée « avec une fiabilité élevée » au réseau Matriochka, tandis que celles ciblant Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann relèvent d'un autre groupe, Storm-1516.

Des techniques de désinformation bien rodées

Ces opérations utilisent des méthodes sophistiquées pour tromper le public. « Leur technique, c'est de faire de faux médias, de faux journaux avec de fausses informations », explique Carole Grimaud, chercheuse en sciences de l'information et spécialiste de la Russie. Les vidéos et articles reprennent des scandales ou des rumeurs passés, les réattribuant à de nouvelles cibles pour leur donner une apparence de crédibilité. Le choix de diffuser parfois en anglais n'est pas anodin : il permet de « faire d'une pierre deux coups » en engageant la réputation des personnalités visées à l'échelle européenne et internationale.

Deux groupes, une même ambition

Matriochka et Storm-1516, bien que souvent cités ensemble, fonctionnent différemment. Storm-1516, décrit comme piloté par le renseignement militaire russe (GRU), s'appuie sur des comptes amplificateurs déjà connus, réutilisés d'une opération à l'autre. Matriochka, lui, privilégie des comptes créés spécifiquement pour chaque campagne. Ils ne partagent pas nécessairement les mêmes opérateurs ni les mêmes ressources. Leur but commun, selon Carole Grimaud, est de décrédibiliser la classe politique française. Viginum a recensé plusieurs dizaines de campagnes attribuées à Storm-1516 depuis 2023, en France comme dans d'autres pays occidentaux.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un impact réel mais limité

La question centrale reste l'efficacité de ces campagnes. Les vidéos et faux articles sont relayés par des comptes dont une large part des vues seraient artificielles, ce qui rend incertain le nombre de personnes réellement exposées. « On en fait beaucoup alors qu'il n'y a pas de retombées mesurables », nuance Carole Grimaud, pour qui le phénomène, bien réel, n'est pas aussi massif que sa couverture médiatique le laisse penser. Une source de l'État reconnaît ce paradoxe : en parler peut donner de la résonance à des opérations dont la portée organique reste limitée, ce que les opérateurs russes pourraient voir comme un succès. Le public n'y croira pas forcément, mais le doute, lui, aura peut-être été semé.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale