Dans la nuit du mardi 4 au mercredi 5 août, un drone transportant un « engin explosif non identifié » a été découvert et désamorcé sur la piste sud de l'aéroport de Leipzig-Halle, en Allemagne. Un second objet volant aurait ensuite heurté un avion-cargo de DHL, causant de légers dégâts. Le trafic aérien a été interrompu pendant deux heures avant de reprendre, à l'exception de la piste sud, fermée pour l'enquête.
Une menace hybride professionnelle
Le ministre allemand de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, a déclaré lors d'une conférence de presse : « Nous sommes confrontés à une menace hybride professionnelle, à laquelle nous devrons continuer de faire face. » Selon plusieurs médias allemands, le drone était équipé de 800 grammes d'explosifs de type PETN ou Semtex, une quantité suffisante pour causer des « dégâts considérables », comme le rapporte The Guardian. Ces explosifs sont généralement réservés à l'armée ou à des groupes terroristes.
Xavier Tytelman, consultant en défense et ancien militaire, a souligné sur Franceinfo le caractère professionnel de l'opération : « On n'est pas sur un drone civil. Le drone n'a pas de GPS pour le stabiliser. C'est forcément quelqu'un qui connaît le métier. […] Il sait exactement où il se trouve, avec un pilote en temps réel. »
Un second incident et des dégâts matériels
Outre le drone explosif, un deuxième objet volant non identifié a percuté un avion-cargo de DHL en approche d'atterrissage. L'appareil a repris de l'altitude en raison de la fermeture de la piste et a atterri à Hanovre, à 200 km au nord-ouest de Leipzig, où de légers dommages ont été constatés, selon Stefan Kornelius, porte-parole du gouvernement fédéral. Fin 2025, un centre de défense contre les drones avait été inauguré à Berlin, mais les détecteurs, radars et capteurs basés sur l'intelligence artificielle ne sont pas encore opérationnels dans sept aéroports allemands, dont Leipzig.
Un hub stratégique pour l'OTAN et l'Ukraine
Situé dans l'est de l'Allemagne, l'aéroport de Leipzig-Halle est un maillon essentiel pour le transport de biens militaires allemands et alliés de l'OTAN. Il est également utilisé par la compagnie ukrainienne Antonov Airlines et constitue un hub pour DHL Express. Ce n'est pas le premier incident : en juillet 2024, un colis avait pris feu dans un centre DHL avant son transport aérien, et le chef des renseignements intérieurs allemands avait accusé Moscou. Une enquête paneuropéenne avait identifié 22 suspects en Lituanie et en Pologne, potentiellement employés par les services russes.
Les regards se tournent vers la Russie
L'ambassadeur ukrainien en Allemagne, Oleksii Makeiev, a déclaré sur Welt TV : « Qui d'autre cela pourrait être à part la Russie ? » Il a proposé l'expertise ukrainienne en matière de drones à Berlin. Alexander Dobrindt a évoqué une « nouvelle dimension de menace » et un possible « scénario d'attaque hybride » impliquant des puissances étrangères, sans nommer la Russie. Un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a affirmé : « La Russie tente tous les jours, d'une manière ou d'une autre, par des moyens hybrides et des actions variées, d'exercer une influence ici en Allemagne, d'une façon qui vise à saper notre démocratie. » Il a toutefois précisé que cela ne concernait pas nécessairement ce cas précis.



