Le commandant des opérations de secours lors de l'incendie qui a ravagé la forêt du Porge, en Gironde, a fermement démenti, jeudi 6 août, avoir abandonné la commune face aux flammes. Alors que des habitants affirment avoir été « sacrifiés » pour protéger d'autres zones, le chef des pompiers a tenu à rétablir sa version des faits.
Une polémique née de l'évacuation du Porge
L'incendie, qui a débuté mardi 4 août, a déjà parcouru plus de 4 000 hectares de forêt. Face à la progression rapide du feu, les autorités ont ordonné l'évacuation de plusieurs hameaux du Porge, une commune située à une trentaine de kilomètres de Bordeaux. Mais certains résidents, restés sur place, ont exprimé leur colère, estimant que les secours avaient privilégié d'autres secteurs, notamment les zones touristiques du littoral.
Selon eux, des routes d'accès auraient été bloquées et les moyens aériens auraient été détournés vers d'autres foyers, laissant le Porge sans protection efficace. Des témoignages rapportés par nos confrères de France Bleu Gironde évoquent des « heures d'angoisse » et un sentiment d'abandon.
Le démenti catégorique du commandant des opérations
Interrogé par l'AFP, le colonel Jean-Michel Dufour, commandant des opérations de secours, a répondu sans détour : « Aucun secteur n'a été sacrifié. Nous avons mis en place une stratégie globale pour protéger les vies humaines et les biens, et le Porge a bénéficié de moyens conséquents, notamment des largages d'eau et de retardant. »
Il a également précisé que l'évacuation avait été décidée par précaution, en raison de la vitesse de propagation du feu, et que les habitants qui ont choisi de rester l'ont fait à leurs risques et périls. « Nous ne pouvons pas forcer les gens à partir, mais nous ne les avons jamais abandonnés », a-t-il ajouté.
Des habitants entre colère et soulagement
Sur place, la tension reste vive. Certains habitants, comme Marie-Pierre, 58 ans, qui a refusé d'évacuer, témoignent : « On a vu les Canadair passer au-dessus de nos têtes, mais ils allaient vers le bassin d'Arcachon. On s'est sentis seuls. » D'autres, au contraire, saluent le travail des pompiers, qui ont réussi à sauver la majorité des habitations du secteur.
Le maire du Porge, Jean-Marc Pouchard, a tenté d'apaiser les esprits : « La priorité était de protéger les vies. Des renforts sont arrivés en fin de journée mercredi, et le feu est désormais circonscrit. Il faut remercier les soldats du feu. »
Un bilan humain et matériel lourd
Selon un dernier bilan, l'incendie a détruit 12 maisons et endommagé 25 autres, ainsi que plusieurs hangars agricoles. Aucune victime n'est à déplorer, mais des dizaines de personnes ont été relogées. Les pompiers, au nombre de 600, sont toujours mobilisés pour éteindre les dernières braises et surveiller les lisières.
Le parquet de Bordeaux a ouvert une enquête pour déterminer l'origine du sinistre, qui pourrait être criminelle. Des témoins ont signalé un départ de feu au bord d'une route départementale.
La polémique relance le débat sur la gestion des feux de forêt
Cet incident relance les interrogations sur les moyens alloués à la lutte contre les incendies en Gironde, département particulièrement exposé. Le colonel Dufour a souligné que les moyens aériens étaient « limités » et que des arbitrages étaient nécessaires en cas de multiples départs de feu. « Nous avons fait face à trois départs simultanés mardi. Il a fallu prioriser, mais toujours en gardant à l'esprit la protection des personnes. »
La préfète de région, Fabienne Buccio, a annoncé la mise en place d'une cellule d'information pour les habitants et promis une transparence totale sur les décisions opérationnelles. « Je comprends l'émotion, mais je réaffirme la confiance dans nos services de secours », a-t-elle déclaré.
Une situation encore fragile
Alors que les températures restent élevées et que le vent reprend, les autorités appellent à la plus grande prudence. Le risque d'incendie est classé « sévère » pour les prochains jours. Les pompiers restent en alerte, et des patrouilles de surveillance sont organisées.
Pour les habitants du Porge, le chemin sera long. Beaucoup ont perdu leurs biens et leurs souvenirs. Une collecte de dons a été lancée par la mairie, et des hébergements temporaires sont proposés. La solidarité s'organise, mais la colère, elle, est encore présente.



