Deux réalisateurs français de l'émission "Les Routes de l'Impossible" et leur collaborateur local sont détenus au Togo depuis le 27 juillet 2026. Inculpés pour "fausses déclarations" après un tournage dans le Nord du pays, ils suscitent une forte inquiétude, Reporters sans frontières (RSF) ayant appelé à leur libération immédiate. Les familles des deux hommes ont fait part mercredi 19 août de leur "immense inquiétude", notamment pour leur santé.
Qui sont les réalisateurs détenus ?
Les deux journalistes arrêtés et détenus au Togo ont été identifiés comme étant Gaël Mocaër et Sebastian Perez Pezzani, a annoncé RSF dans un communiqué. Tous deux étaient partis tourner un épisode de l'émission "Les Routes de l'Impossible", une série documentaire diffusée sur France Télévisions. Le 27 juillet, ils ont été arrêtés dans la ville de Kara, à environ 450 km au nord de la capitale Lomé, en compagnie de Fred Vedomey, "collaborateur de médias à ce titre", selon RSF.
Pourquoi ont-ils été arrêtés ?
Les trois hommes ont été "inculpés pour 'fausses déclarations' le 17 août", selon les informations de RSF. Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé que les deux réalisateurs sont visés par "une information judiciaire conduite par un juge d'instruction" et ont reçu des visites consulaires. Le directeur général de Tony Comiti Productions, société avec laquelle travaillent les réalisateurs, a indiqué que les journalistes auraient "dépassé une zone" non autorisée pour les étrangers par inadvertance. Mais "on est en règle", a assuré Patrice Lucchini, précisant que Gaël Mocaër et Sebastian Perez "ont obtenu une autorisation de tournage" auprès du ministère de la Culture et "déclaré leur matériel à la douane".
Cependant, le régulateur togolais des médias a affirmé mercredi soir qu'il "n'a été saisi d'aucune demande d'accréditation concernant ces deux personnes, ni par France Télévisions, ni par les intéressés eux-mêmes, comme le prévoient les textes". La Haute Autorité de régulation de la communication écrite, audiovisuelle et numérique (HARC) togolaise assure ne pas avoir été "informée de l'arrivée sur le territoire des deux personnes dont elle ignore le statut professionnel, ni des activités de tournage qu'elles devraient mener, notamment dans la partie septentrionale du pays". La justice doit déterminer "les circonstances de la présence des intéressés sur le territoire national, la nature de leurs activités ainsi que, le cas échéant, les faits qui leur sont reprochés".
Où se trouvent-ils désormais ?
D'abord assignés à résidence pour des suspicions d'espionnage, les trois hommes ont été "brièvement libérés" le 30 juillet. "Le procureur de Kara a regardé tous les rushs et s'est rendu compte qu'il n'y avait pas du tout de raison de les inculper d'espionnage, donc il les a libérés", a expliqué le directeur général de Tony Comiti Productions. Ce répit n'a été que de courte durée puisqu'ils sont de nouveau arrêtés le jour même, puis "placés en détention provisoire", selon les informations de RSF. Ils sont désormais "privés de liberté et retenus au camp d'Agoè Logopé, près de Lomé – une installation des forces de l'ordre située dans le quartier éponyme", ajoute l'organisation de défense des droits des journalistes.
Le directeur général de RSF, Thibaut Bruttin, a appelé à "leur libération immédiate". Il ajoute que "Sebastian souffre de graves problèmes de santé, nécessitant une prise en charge immédiate. Tous les deux sont pères de famille, et l'un de leurs enfants n'a que 13 ans". Les familles des deux réalisateurs, qui ont pris la parole aux côtés de l'organisation, ont fait part de leur stupeur : "nous sommes bouleversés par la privation de liberté que subissent au Togo nos compagnons, nos pères, nos fils et nos frères" et "notre inquiétude est immense, notamment pour leur santé". Le ministère des Affaires étrangères a communiqué sur l'interpellation des deux ressortissants français mardi 18 août dans la soirée, assurant être "pleinement mobilisé" auprès de leurs homologues togolais afin de "s'assurer de leurs conditions de détention, de leur état de santé et du respect de leurs droits à la défense".
Quel contexte pour les médias au Togo ?
Petit pays côtier d'Afrique de l'Ouest, le Togo est dirigé depuis 2005 par Faure Gnassingbé, successeur de son père, Eyadéma, resté 38 ans au pouvoir. Il figure à la 97e place sur 180 pays au classement annuel de la liberté de la presse de RSF. Au Togo, Radio France internationale et France 24 ont été interdites d'antenne en juin 2025 pour trois mois, accusées d'avoir relayé des "propos inexacts et tendancieux" après des manifestations critiques envers le pouvoir, qui avaient secoué le pays le même mois. Ces médias français ne peuvent toujours pas émettre, selon un journaliste de l'AFP. En avril, le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot avait déclaré à l'AFP avoir plaidé pour la levée de leur suspension, lors d'une visite au Togo – le premier déplacement officiel français de si haut niveau depuis dix ans. Selon L'Alternative, le média indépendant togolais qui a révélé en premier l'affaire, le président Faure Gnassingbé souhaiterait échanger les deux journalistes français contre Ferdinand Ayite, journaliste d'investigation togolais lauréat du Prix international de la liberté de la presse en 2023 et fondateur de L'Alternative, réfugié à Paris depuis trois ans.



