Crise migratoire : l'Espagne menace l'Italie de mesures de rétorsion
Crise migratoire : l'Espagne menace l'Italie de rétorsion

L'Espagne a adressé un ultimatum à l'Italie : si Rome ne supprime pas, d'ici dimanche 9 août, les contrôles frontaliers imposés aux voyageurs venant d'Espagne, Madrid prendra des mesures de rétorsion. Cette escalade fait suite à la décision italienne de rétablir temporairement les contrôles aux frontières internes de l'espace Schengen, justifiée par l'afflux massif de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord.

Des chiffres qui inquiètent

Selon les données officielles, près de 72 000 personnes ont tenté de franchir la frontière entre Ceuta et le Maroc le 30 juillet dernier, et environ 100 d'entre elles ont perdu la vie. Face à cette situation, le gouvernement italien, dirigé par Giorgia Meloni, a décidé de suspendre partiellement les accords de Schengen pour les arrivées en provenance d'Espagne, une mesure annoncée le 31 juillet.

Dans un communiqué, le gouvernement espagnol a qualifié ces mesures d'« injustifiées, contraires aux intérêts de l'Union européenne et discriminatoires à l'égard de la population espagnole ». Madrid affirme que les arguments de Rome sont infondés, rappelant qu'aucun migrant entré irrégulièrement à Ceuta ne peut accéder librement à l'espace Schengen en raison du statut particulier de l'enclave. De plus, la majorité de ces migrants ont déjà quitté Ceuta pour retourner au Maroc.

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L'Espagne hausse le ton

L'exécutif espagnol a prévenu : « Si ces contrôles ne sont pas levés avant le dimanche 9 août, l'Espagne se verra contrainte d'adopter des mesures proportionnées pour protéger les intérêts et la dignité de ses citoyens. » Une menace claire, qui intervient après plusieurs jours de tensions diplomatiques.

L'Italie a répondu rapidement, affirmant qu'elle ne céderait pas aux « ultimatums ou impositions » de l'Espagne et qu'elle maintiendrait les contrôles aux frontières pour les arrivées en provenance de ce pays jusqu'au 15 août au moins. Dans un communiqué, le gouvernement italien a indiqué qu'il ne reconsidérerait sa décision qu'une fois assuré de l'absence de risques pour la sécurité ou de menaces terroristes, ainsi que de l'absence de nouvelle vague migratoire ou de migrants en situation irrégulière se dirigeant vers le territoire européen.

Un tournant dans les relations bilatérales

Cette décision italienne, bien que l'Italie ne partage aucune frontière terrestre avec l'Espagne, marque un tournant dans les relations entre les deux pays. Rome justifie cette mesure par la volonté d'empêcher d'éventuels migrants entrés à Ceuta de poursuivre leur route vers la péninsule italienne. Une justification rejetée par Madrid, qui estime que ce scénario est impossible au regard des règles en vigueur.

Giorgia Meloni avait d'ailleurs réclamé la sortie de l'Espagne de l'espace Schengen, déclarant que « les images en provenance de Ceuta sont choquantes et démontrent, une fois de plus, que l'immigration clandestine incontrôlée représente une véritable menace pour la sécurité des frontières européennes ».

Des divergences politiques profondes

Ce différend met en lumière les profondes divergences politiques entre les deux dirigeants. À Rome, la Première ministre conservatrice Giorgia Meloni, arrivée au pouvoir en 2022 à la tête d'une coalition de droite avec la promesse de réduire l'immigration illégale, a fait du contrôle des frontières l'une de ses priorités. Son gouvernement est par ailleurs confronté à la pression croissante du parti d'extrême droite « Futur national », dirigé par l'ancien général Roberto Vannacci, dont le discours anti-immigration rencontre un écho auprès d'une partie de l'électorat conservateur.

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