Dans un communiqué publié jeudi 6 août, le Front de libération nationale corse (FLNC) a officiellement rejeté le projet d'autonomie proposé par le gouvernement français, tout en adressant une menace directe aux non-Corses installés sur l'île. « Ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire », prévient le mouvement clandestin, marquant une escalade sans précédent dans le débat sur l'avenir institutionnel de la Corse.
Un rejet catégorique du projet d'autonomie
Le FLNC, qui avait jusqu'ici observé une relative retenue, a clairement exprimé son opposition au projet d'autonomie négocié entre les élus nationalistes et l'État. Selon le communiqué, cette autonomie « ne répond pas aux aspirations du peuple corse » et serait perçue comme une « manœuvre dilatoire » de Paris. Le mouvement clandestin réaffirme son objectif : l'indépendance totale de l'île.
Cette prise de position intervient alors que le processus de discussions, entamé en 2022, semblait avoir abouti à un accord prévoyant une large dévolution de compétences à la collectivité unique corse, notamment en matière de fiscalité, d'urbanisme et de langue corse. Le FLNC dénonce un « statut de sous-traitance » qui maintiendrait la Corse sous tutelle de l'État français.
Des menaces explicites contre les non-Corses
Le point le plus alarmant du communiqué réside dans la menace proférée à l'encontre des personnes non originaires de l'île. « Vous qui êtes installés sur notre territoire, ne vous considérez pas en sécurité », peut-on lire. Cette formulation, rare dans l'histoire du FLNC, a immédiatement suscité l'inquiétude des autorités et des associations de défense des droits de l'homme.
Le mouvement clandestin justifie cette menace par la nécessité de « protéger le peuple corse contre la colonisation » et appelle les Corses à « se préparer à la lutte ». Selon des sources proches du dossier, cette radicalisation pourrait être liée à la récente dissolution d'un groupe armé présumé, qui aurait affaibli les branches modérées du mouvement.
Réactions politiques et institutionnelles
Le gouvernement français a réagi fermement. Dans un communiqué, le ministère de l'Intérieur a condamné « des propos inacceptables » et annoncé le renforcement des dispositifs de sécurité sur l'île. Le préfet de Corse a été chargé de prendre des mesures de protection pour les personnes potentiellement visées.
Les élus nationalistes modérés, qui soutiennent le projet d'autonomie, ont également condamné ces menaces. Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, a dénoncé « une dérive dangereuse » et appelé à « ne pas laisser les extrémistes prendre en otage le destin de la Corse ». Il a rappelé que le projet d'autonomie était « le fruit d'un travail démocratique ».
En revanche, certains mouvements indépendantistes radicaux ont salué la position du FLNC, y voyant un « retour aux fondamentaux » de la lutte armée. Des rassemblements de soutien sont prévus dans plusieurs villages de l'île, tandis que les forces de l'ordre renforcent leur présence dans les zones urbaines.
Un contexte tendu et des précédents inquiétants
Cette menace intervient dans un climat déjà marqué par des tensions croissantes. En 2023, une série d'attentats contre des résidences secondaires et des bâtiments publics avait été attribuée au FLNC. Les enquêtes avaient mis en évidence une recrudescence des actions clandestines, malgré les appels au calme des autorités.
Les non-Corses représentent environ 40 % de la population de l'île, soit près de 130 000 personnes, selon les dernières données de l'Insee. Beaucoup d'entre eux sont des fonctionnaires, des retraités ou des travailleurs saisonniers. La menace du FLNC pourrait avoir des conséquences économiques et sociales importantes, notamment dans le secteur touristique, vital pour la région.
Les associations de défense des droits de l'homme ont appelé le gouvernement à « prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les citoyens » et à « ne pas céder à la terreur ». Elles rappellent que la Corse a connu une période de violence dans les années 1980 et 1990, avec plus de 200 assassinats liés au nationalisme.
Quel avenir pour le processus d'autonomie ?
Malgré ces menaces, le processus d'autonomie semble se poursuivre. Une réunion de la commission mixte paritaire est prévue à la fin du mois d'août pour finaliser le texte. Le gouvernement a réaffirmé sa détermination à « aller au bout du processus », tout en condamnant les menaces.
Cependant, la radicalisation du FLNC pourrait compliquer la donne. Selon les analystes, le mouvement clandestin cherche à saboter les négociations en créant un climat d'insécurité. « Ils veulent montrer que l'autonomie ne suffit pas et que seule l'indépendance peut garantir la paix », explique Jean-Michel Rossi, politologue spécialiste de la Corse.
Les prochains mois seront décisifs. La population corse, partagée entre aspiration à la reconnaissance et crainte d'une escalade, attend des réponses. Le gouvernement devra trouver un équilibre entre fermeté et dialogue, tout en assurant la sécurité de tous les habitants de l'île, quelle que soit leur origine.



