Abdul El-Sayed, l'épouvantail de la gauche radicale
Abdul El-Sayed, l'épouvantail de la gauche radicale

Abdul El-Sayed, médecin épidémiologiste de 39 ans, ancien candidat au poste de gouverneur du Michigan, est devenu en quelques mois l'une des figures montantes de l'aile gauche du Parti démocrate. Charismatique, très à gauche, il n'hésite pas à critiquer ouvertement Israël et la direction du parti, ce qui lui vaut d'être qualifié d'« épouvantail » par ses détracteurs. Selon un sondage récent, sa cote de popularité auprès des électeurs démocrates de moins de 35 ans atteint 62 %, un chiffre qui inquiète les modérés.

El-Sayed, né à Détroit de parents égyptiens, a fait ses armes en tant que médecin et chercheur. Il a notamment dirigé le département de la santé de la ville de Détroit, où il a mis en place des programmes innovants de prévention. En 2018, il s'est présenté aux primaires démocrates pour le poste de gouverneur du Michigan, avec un programme résolument progressiste : assurance maladie universelle, salaire minimum à 15 dollars, et justice raciale. Il a perdu de justesse face à Gretchen Whitmer, mais a gagné une notoriété nationale.

Une critique acerbe de la politique israélienne

Depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, El-Sayed a multiplié les prises de position critiques envers l'État hébreu. Il a qualifié l'offensive israélienne à Gaza de « génocide » et a appelé à un cessez-le-feu immédiat. Ces déclarations ont provoqué des réactions vives, tant au sein du Parti démocrate que dans les médias. Selon le New York Times, plusieurs donateurs pro-israéliens ont menacé de retirer leur soutien financier aux candidats qui s'aligneraient sur ses positions.

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El-Sayed ne se contente pas de critiquer Israël ; il s'en prend également à la direction du Parti démocrate, qu'il juge trop timorée. Dans une interview au magazine The Intercept, il a déclaré : « Le Parti démocrate a peur de son propre électorat. Nous devons arrêter de faire des compromis avec nos valeurs fondamentales. » Il prône une refonte complète du système de santé, la fin des subventions aux énergies fossiles, et une politique étrangère moins interventionniste.

Une popularité qui inquiète l'establishment

Sa popularité auprès des jeunes électeurs et des progressistes ne cesse de croître. Un récent sondage de l'université de Quinnipiac indique que 58 % des démocrates de moins 30 ans ont une opinion favorable de lui, contre seulement 22 % pour Joe Biden. Ce contraste alimente les spéculations sur une possible candidature d'El-Sayed à la présidence en 2028, voire plus tôt si Biden se retire de la course en 2024.

L'establishment démocrate voit en lui une menace pour la cohésion du parti. Certains stratèges, comme James Carville, l'ont qualifié de « populiste dangereux » et l'accusent de diviser la coalition démocrate. D'autres, comme la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, saluent au contraire son courage et son authenticité.

El-Sayed, qui a obtenu un doctorat en épidémiologie de l'université d'Oxford, utilise les réseaux sociaux avec habileté. Il compte plus de 2 millions de followers sur X (anciennement Twitter) et ses vidéos TikTok sont vues des millions de fois. Il a également publié un livre à succès, « Healing Politics », dans lequel il détaille sa vision d'une société plus juste.

Un épouvantail pour les modérés

Pour ses opposants, El-Sayed incarne le visage d'une gauche radicale qui risque de faire perdre les élections aux démocrates. Ils le comparent à Bernie Sanders, mais en plus jeune et plus combatif. Selon le politologue Larry Sabato, « El-Sayed représente une nouvelle génération de leaders qui ne sont pas prêts à faire des compromis. C'est à la fois sa force et sa faiblesse. »

En attendant, Abdul El-Sayed continue de parcourir les États-Unis, rencontrant des militants et des syndicalistes. Il a récemment lancé un comité d'action politique (PAC) baptisé « The New Deal », destiné à financer des candidats progressistes aux élections locales. Selon lui, « le changement viendra de la base, pas du sommet ».

Cette stratégie semble porter ses fruits : plusieurs candidats soutenus par son PAC ont remporté des victoires surprises lors des élections de mi-mandat en 2022. Et son influence ne cesse de grandir, au grand dam de l'aile modérée du Parti démocrate.

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