Depuis le début du mois d'août, les cyclistes doivent mettre pied à terre dans plusieurs artères du centre historique de Millau, en Aveyron. Un arrêté municipal, pris pour renforcer la sécurité des piétons, interdit désormais la circulation des vélos, trottinettes et autres engins de déplacement personnel dans les rues Droite, Capelle, Bernard-Lauret, Mandarous et Peyssière. Cette mesure, qui répond à des incivilités régulièrement dénoncées, ravive un débat plus large sur la place du vélo dans la ville.
Une réponse aux comportements dangereux
Pour certains habitants, cette interdiction apparaît comme une réponse logique à des comportements jugés dangereux : vitesse excessive, utilisation des trottoirs, slalom entre les piétons. « Quand les règles ne sont plus respectées, on finit par avoir des sanctions », résume une habitante, elle-même cycliste, qui estime qu'il est normal de mettre pied à terre dans les secteurs les plus fréquentés.
Cependant, cette lecture est loin de faire l'unanimité. Les associations In'VD Innovation Véhicules Doux et Critical Mass Millau jugent la mesure disproportionnée. « L'ancienne réglementation, qui autorisait les vélos à circuler au pas dans les aires piétonnes en laissant la priorité aux piétons, permettait déjà de concilier les différents usages », fait valoir In'VD, dont l'action en faveur des mobilités alternatives en milieu rural est régulièrement citée en exemple en France et en Europe.
Un appel à la pédagogie et à la modulation
« Plutôt qu'une interdiction permanente, pourquoi ne pas user de davantage de pédagogie ? Pourquoi ne pas aussi cibler davantage les contrôles ou limiter ces restrictions aux seules périodes de forte affluence ? », interroge l'association Vélo Millau. Ces associations plaident pour une approche plus nuancée, qui préserverait la cohabitation entre les usagers tout en garantissant la sécurité des piétons.
La future signalisation doit être installée prochainement, mais le débat ne se limite pas à ces quelques rues. Les cyclistes quotidiens estiment que cette mesure occulte le problème principal : l'absence d'un véritable réseau cyclable à Millau. Ils rappellent que les boulevards de la République et de l'Ayrolle, qui concentrent plusieurs milliers de véhicules par jour, ne disposent toujours pas d'aménagements sécurisés malgré leur récente réfection.
Un schéma directeur des mobilités réclamé
Cette situation place les cyclistes devant « une alternative peu satisfaisante » : partager une chaussée très circulée ou contourner les grands axes par des itinéraires moins directs, au risque d'emprunter les rues désormais proscrites. Le sujet est explosif à Millau, où plusieurs associations réclament depuis longtemps un schéma directeur des mobilités pour mieux organiser le partage de l'espace public entre piétons, cyclistes et automobilistes.
Entre ceux qui considèrent que la priorité doit revenir aux piétons et ceux qui s'interrogent sur la pertinence d'une interdiction permanente, le débat fait rage. « Pourquoi prendre son vélo, si l'on doit désormais marcher à côté ? », s'interrogent certains. À en juger par les réactions suscitées ces derniers jours, la question est loin d'être refermée.



