Mardi, le député israélien d'extrême droite Zvi Soukot a tenté de détruire un mémorial à la mémoire de « martyrs » palestiniens dans le village de Madama, en Cisjordanie occupée. L'incident, filmé et diffusé par le député lui-même, a provoqué une vive controverse et des condamnations, y compris au sein de l'armée israélienne.
Un acte revendiqué par le député
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Zvi Soukot est filmé avec un marteau, tentant de démolir le monument. Il y explique : « Il y a quelques jours, j’ai demandé à l’armée d’agir pour retirer les monuments commémorant des terroristes responsables d’attaques contre des Israéliens dans les villages de Madama et de Burin. Malheureusement, ils sont restés en place. Je m’y suis donc rendu moi-même et j’ai pris des mesures pour les retirer ».
Le député, connu pour ses positions radicales, a justifié son geste en affirmant que le mémorial honorait des « terroristes ». Il a notamment cité le nom de Yamen Faredj, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), recherché pour sa participation à des attentats en Israël pendant la seconde Intifada et tué en 2004 à Naplouse par l’armée israélienne.
L'armée israélienne dénonce une manipulation
L'armée israélienne, qui accompagnait le député lors de cette visite dans les villages palestiniens du nord de la Cisjordanie, a fermement réagi. Dans un communiqué, elle a dénoncé « la manière trompeuse et manipulatrice » dont elle a été utilisée par Zvi Soukot. « Des soldats de Tsahal affectés à des missions opérationnelles dans le secteur ont été détournés de ces missions pour cette tâche et exposés à des risques inutiles, alors que Tsahal opère dans un contexte de forte pression », a-t-elle déclaré.
Cette mise au point souligne les tensions entre l'armée et certains élus d'extrême droite, qui multiplient les actions unilatérales en Cisjordanie, malgré les mises en garde des responsables militaires.
Des réactions politiques vives
Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gidéon Saar, a réagi sur X (anciennement Twitter), affirmant que « le député Soukot, comme tous les députés, n’est pas l’autorité souveraine en Judée-Samarie (nom israélien de la Cisjordanie) ». Une mise au point qui rappelle que les élus n'ont pas compétence pour agir dans les territoires occupés.
L'ancien ministre et principal rival du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour les prochaines élections, Gadi Eizenkot, a également réagi sur X. Il a accusé Benjamin Netanyahu, disant qu’il « permet à des anarchistes comme Zvi Soukot et ses semblables de faire tout ce qui leur plaît, mettant en danger la sécurité des localités israéliennes et portant atteinte à la position d’Israël dans le monde ».
Le village de Madama dénonce un acte « terroriste »
Rami Nassar, chef du conseil du village de Madama, a déclaré que « le monument porte les noms des martyrs du village tombés lors de la bataille de Karameh, des première et deuxième Intifada (soulèvement palestinien), ainsi que jusqu’à aujourd’hui ». Il a qualifié l'acte du député israélien de « terrorisme ».
Il a également précisé que le nom d'« un agriculteur du village tué alors qu’il travaillait sa terre, sans qu’aucun affrontement n’ait eu lieu » était inscrit sur le mémorial. Cette déclaration met en lumière la dimension symbolique et mémorielle du monument, qui honore des personnes tuées dans des contextes variés, parfois loin de tout affrontement armé.
Cet incident intervient dans un contexte de tensions accrues en Cisjordanie, où les violences entre colons israéliens et Palestiniens se sont multipliées ces derniers mois. L'armée israélienne, déjà mobilisée sur plusieurs fronts, doit faire face à des défis sécuritaires croissants, tandis que des élus d'extrême droite multiplient les actions provocatrices, compliquant encore la situation sur le terrain.



