Rapport espagnol sur Ceuta : la thèse de Sánchez fragilisée
Ceuta : un rapport contredit Pedro Sánchez

La crise de Ceuta pourrait-elle déclencher un incident diplomatique majeur entre le Maroc et l'Espagne ? La tension monte alors que les versions divergent sur le rôle de Rabat dans l'afflux de migrants fin juillet. Un rapport de la police espagnole, consulté par « Le Monde », contredit directement la position du Premier ministre Pedro Sánchez.

Un rapport qui contredit la version officielle

Le document, élaboré par le Centre national de l'immigration et des frontières (Cenif), souligne que l'attitude des forces de l'ordre marocaines a été « pour le moins d'une totale permissivité » les 30 et 31 juillet. Les policiers espagnols notent « aucune tentative sérieuse visant à réduire, à disperser ou à éloigner la masse de personnes du périmètre frontalier ». Selon les entretiens réalisés, « les migrants racontent de façon pratiquement unanime que les forces de police non seulement restaient passives face aux tentatives d'entrée, mais leur indiquaient en plus de passer par la mer dans la zone de la jetée d'El Tarajal et non par d'autres accès ».

Ce rapport fragilise la position de Pedro Sánchez, qui a assuré ce jeudi 3 septembre devant les députés n'avoir « aucune preuve » de l'implication du Maroc. Fin août, il avait salué la « coopération instantanée, immédiate » du pays voisin et souligné l'étroite collaboration entre les deux États pour organiser les retours. « Si ces preuves solides existaient, nous agirions en conséquence, avec toute la fermeté que la situation exige », a-t-il ajouté, répétant qu'aucun rapport préalable n'avait anticipé « l'ampleur » ou « la possibilité » de ce qui s'est passé.

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Manifestation et critiques de l'opposition

Près de 20 000 personnes ont défilé dans les rues de Ceuta, une ville d'environ 80 000 habitants, lors d'une manifestation coïncidant avec la Journée annuelle de Ceuta et la sortie du rapport. L'opposition de droite et d'extrême droite, ainsi que certains alliés de gauche du gouvernement, critiquent vertement la gestion de la crise par l'exécutif. Ils estiment que le Maroc a joué un rôle dans cet afflux de migrants, qui a fait des dizaines de morts et de disparus. Certains analystes suggèrent que la crise pourrait avoir été orchestrée par Rabat comme un message après la visite de Pedro Sánchez en Algérie en juillet.

Le ministère de l'Intérieur a réagi mercredi, après la révélation d'éléments du rapport par le média en ligne « El Español », en communiquant des réponses de hauts responsables policiers. Ceux-ci assurent qu'« aucun rapport n'avait été émis attribuant la responsabilité de l'assaut à un gouvernement, un service ou une personne, étant donné qu'à ce jour, l'auteur intellectuel dudit assaut demeure inconnu ».

Tensions sur la souveraineté de Ceuta et Melilla

Pedro Sánchez a vivement critiqué jeudi les déclarations « inacceptables » de deux ministres marocains, qui ont récemment revendiqué la souveraineté marocaine sur Ceuta et Melilla. Le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi a notamment évoqué la « marocanité » de ces territoires, insistant sur le « droit historique » et le « droit géographique » que le Maroc estime avoir.

« Nous avons entendu deux ministres faire des déclarations inacceptables sur Ceuta et sur Melilla (…) deux déclarations, Mesdames et Messieurs les députés, que nous avons bien entendu rejetées catégoriquement et pour lesquelles nous avons convoqué l'ambassadrice marocaine le 21 août », a déclaré Pedro Sánchez. Il a ajouté : « Depuis des siècles, ces deux villes sont espagnoles (…). Et je vous assure que, pour le gouvernement espagnol, cela restera ainsi jusqu'à la fin des temps. » Il a également appelé le roi Felipe VI à se rendre dans ces deux villes pour leur transmettre « l'engagement absolu de l'État ».

Le Maroc revendique sa souveraineté sur les deux enclaves, qu'il considère comme des territoires occupés par l'Espagne, sans que cette revendication ne soit formulée auprès de l'ONU. Rabat est focalisé sur le règlement en sa faveur du dossier du Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole contrôlée en majeure partie par le Maroc et aussi revendiquée par les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie.

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