Brésil : la Cour suprême somme Jair Bolsonaro de s'expliquer sur un deepfake électoral
Brésil : Bolsonaro sommé de s'expliquer sur un deepfake

La Cour suprême du Brésil a ordonné ce mercredi à l'ancien président Jair Bolsonaro de fournir des explications sur un deepfake diffusé en soutien à la campagne présidentielle de son fils, Eduardo Bolsonaro. La vidéo truquée, créée à l'aide d'une intelligence artificielle, montrait un adversaire politique proférant des déclarations inexistantes, dans le but de discréditer ce dernier avant le premier tour de l'élection prévue en octobre prochain.

Une décision judiciaire inédite

Le magistrat Alexandre de Moraes, rapporteur de l'affaire, a donné à Jair Bolsonaro un délai de 48 heures pour répondre aux accusations. Selon la décision rendue publique, la vidéo a été visionnée plus de 1,2 million de fois sur les réseaux sociaux en seulement trois jours, avant d'être retirée par les plateformes à la demande du tribunal électoral. L'ancien président est soupçonné d'avoir ordonné la production et la diffusion de ce contenu via son équipe de campagne, en violation de la législation brésilienne sur les deepfakes, entrée en vigueur en 2024.

Le contexte politique brésilien

Cette affaire intervient alors que le Brésil se prépare pour une élection présidentielle très disputée. Eduardo Bolsonaro, député fédéral et fils aîné de Jair, se présente comme le candidat du parti libéral, héritier de la ligne dure de son père. L'usage de deepfakes est devenu une préoccupation majeure pour les autorités électorales, qui ont mis en place des mécanismes de détection et de signalement accélérés. En juin dernier, une loi a renforcé les sanctions contre la désinformation numérique, prévoyant des peines allant jusqu'à 5 ans d'emprisonnement pour les auteurs de manipulations vidéo destinées à influer sur le scrutin.

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Les réactions de la défense

Les avocats de Jair Bolsonaro ont immédiatement contesté la convocation, affirmant que leur client n'était pas impliqué dans la création du deepfake. Dans un communiqué, ils ont déclaré : « L'ancien président n'a jamais ordonné ni approuvé une telle pratique. Nous démontrerons que cette vidéo a été produite par des militants isolés, sans lien avec la campagne officielle. » Cependant, plusieurs experts en cybersécurité ont souligné que les métadonnées du fichier original pointaient vers un serveur utilisé par l'équipe de communication de Bolsonaro lors de précédentes campagnes.

Un précédent judiciaire

Cette sommation constitue un précédent important dans la jurisprudence brésilienne. La Cour suprême avait déjà condamné en 2023 un candidat local pour diffusion de deepfake, mais c'est la première fois qu'une personnalité de cette envergure est directement mise en cause. Le juge de Moraes a insisté sur la nécessité de « protéger l'intégrité du processus électoral face aux menaces technologiques ». Les experts estiment que cette affaire pourrait redéfinir les limites de la liberté d'expression dans le contexte des campagnes numériques.

Les conséquences potentielles

Si la participation de Jair Bolsonaro est établie, il encourt une peine d'inéligibilité pouvant aller jusqu'à 8 ans, en plus de poursuites pénales. Cela compromettrait définitivement ses ambitions politiques futures et pourrait affaiblir la candidature de son fils. En parallèle, les plateformes sociales sont sommées de coopérer plus étroitement avec les autorités. Meta et X (anciennement Twitter) ont déjà annoncé des mesures de vérification renforcées pour le contenu politique, mais leur efficacité reste à prouver.

Un débat national sur l'IA

Ce scandale relance le débat au Brésil sur la régulation de l'intelligence artificielle. Un projet de loi en discussion au Congrès propose d'interdire toute utilisation de deepfake dans la propagande électorale, sous peine de nullité de la candidature. Les défenseurs des droits numériques appellent à un encadrement strict, tandis que les libéraux craignent une censure excessive. L'issue de cette affaire pourrait donc influencer la législation à venir.

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En attendant, la campagne d'Eduardo Bolsonaro subit déjà les conséquences : ses intentions de vote, qui atteignaient 24 % dans les sondages de début juillet, ont chuté de 3 points après la révélation de la vidéo truquée, selon l'institut Datafolha. La Cour suprême devrait rendre sa décision sur les explications de Jair Bolsonaro d'ici deux semaines.