Le président américain Donald Trump est parvenu à amorcer une sortie de crise au Moyen-Orient avant de se rendre au G7 à Évian. Cependant, les termes du protocole d'accord de paix avec l'Iran, annoncé dans la nuit de dimanche à lundi, semblent éloignés de ses objectifs initiaux.
Que prévoit l'accord de paix ?
L'accord-cadre, signé électroniquement par Donald Trump, son vice-président J. D. Vance et le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, prévoit la levée du blocus des ports iraniens et la réouverture du détroit d'Ormuz, qui sera complètement ouvert vendredi, selon Trump. Toutefois, des experts mettent en garde : l'Iran a démontré qu'il pouvait fermer le détroit à sa guise, et cette réalité ne disparaîtra pas, prévient Jon Alterman du Center for Strategic and International Studies. Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, ajoute que quoi qu'il arrive, le détroit ne sera plus jamais totalement libre comme avant.
Les aides carburants maintenues
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a annoncé que les prix à la pompe devraient baisser aussi rapidement qu'ils avaient augmenté au début de la guerre, si l'accord aboutit. Emmanuel Macron a appuyé cette déclaration, précisant que l'impact sur les cours se fera sentir dans les semaines à venir. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a assuré que les aides pour compenser la hausse des carburants seraient versées comme convenu, tout en promettant d'être vigilant sur la baisse des prix.
Points en suspens
Le sort du stock d'uranium enrichi iranien reste incertain. Téhéran a accepté de le diluer, mais aucun mécanisme de contrôle n'a été défini. Les autres objectifs de Trump, comme le démantèlement du programme de missiles balistiques et la fin du soutien aux alliés régionaux, n'ont pas été atteints. De plus, l'accord ouvre la voie au déblocage de milliards de dollars de fonds iraniens gelés et à un assouplissement des sanctions, ce que Trump reprochait à Barack Obama.
La guerre est-elle vraiment finie ?
Bertrand Badie reste prudent : il s'agit d'un accord sur le fait de tenter de se mettre d'accord. Au mieux, il consolide le cessez-le-feu, mais les éléments constitutifs de la guerre n'ont pas été éliminés. Il compare la situation à une maladie grave qui donne un répit, sans guérison. Les accords échéanciers risquent de s'essouffler, comme les accords d'Oslo ou de Charm el-Cheikh. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou aurait mené de nouvelles frappes au Liban et maintient ses troupes dans le sud du pays.
Le G7 sous le signe de l'Iran
Le protocole d'accord sera étudié au sommet du G7 à Évian, en présence de Donald Trump. Emmanuel Macron a proposé son aide pour la réouverture de la voie maritime, mais Trump a fraîchement accueilli cette offre. Didier Billion, de l'Iris, estime que rien ne dit que les discussions aboutiront en soixante jours. Les Iraniens sont des négociateurs difficiles, et Trump n'est pas en position d'imposer ses volontés. La situation rappelle celle d'avant le 28 février, et pour les États-Unis, c'est pire qu'un retour à la case départ.
Qui a gagné ?
Selon Didier Billion, Trump peut fanfaronner, mais les Américains ne sont pas vainqueurs. Les Iraniens, bien qu'affaiblis, sortent plutôt vainqueurs de cette séquence. Le conflit a fait des milliers de morts et bouleversé l'économie mondiale, faisant chuter la popularité de Trump avant les élections de mi-mandat. Le régime iranien a démontré sa capacité à résister et à perturber les approvisionnements pétroliers. Victoria Taylor, ex-sous-secrétaire d'État adjointe, conclut que cet accord est probablement le meilleur résultat possible pour éviter un nouveau conflit, mais il n'est pas meilleur que ce qui aurait pu être obtenu par la diplomatie dès le départ.



