Bataille du canard laqué : l'Europe trop lente face à la Chine
Canard laqué : l'Europe trop lente face à la Chine

La Chine a réussi à faire reconnaître le canard laqué de Pékin comme indication géographique (IG) protégée, une première pour un plat chinois en Europe. Cette décision, officialisée le 1er juillet 2026, illustre la lenteur des procédures européennes face à la rapidité chinoise. Selon un rapport de la Commission européenne, il a fallu près de six ans pour finaliser cet accord, tandis que Pékin a obtenu la protection de plusieurs produits européens en moins de deux ans.

Un symbole de la bataille commerciale

Le canard laqué, plat emblématique de la cuisine chinoise, est désormais protégé dans l'Union européenne au même titre que le champagne ou le roquefort. Cette reconnaissance, demandée par la Chine dès 2020, a été accélérée par les négociations sur l'accord commercial bilatéral. « C'est une victoire pour la diplomatie chinoise, mais surtout un exemple de l'asymétrie des procédures », explique un expert en propriété intellectuelle.

L'Europe, de son côté, a obtenu la protection de 100 indications géographiques en Chine, dont le cognac et le jambon de Parme. Cependant, le processus a été beaucoup plus lent pour les produits chinois en Europe, en raison de la complexité des réglementations et des consultations nationales.

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Des chiffres qui parlent

Selon les données de l'Office de l'Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), la Chine a déposé 14 demandes d'IG en Europe en 2025, contre seulement 3 pour l'UE en Chine. Le délai moyen de traitement pour une IG chinoise en Europe est de 4,5 ans, contre 1,8 an pour une IG européenne en Chine. « Cette différence s'explique par la structure plus centralisée du système chinois », souligne un porte-parole de la Commission.

Le canard laqué de Pékin rejoint ainsi une liste de 40 IG chinoises protégées en Europe, dont le thé vert de Longjing et le riz de Wuchang. En contrepartie, l'UE a fait inscrire 100 de ses produits en Chine, mais les négociations pour étendre cette liste à 200 produits sont au point mort depuis 2024.

Impact sur les producteurs européens

Cette situation inquiète les producteurs européens, qui craignent une concurrence déloyale. « Nous mettons des années à obtenir une protection, tandis que les Chinois bénéficient d'un traitement accéléré », déplore Jean-Pierre Lefèvre, président de la Fédération des fromages AOP. Selon lui, la lenteur européenne nuit à la compétitivité des produits traditionnels.

La Commission européenne a annoncé en juin 2026 une réforme visant à réduire les délais d'examen des IG étrangères, mais les experts doutent de son efficacité à court terme. « Le système actuel est trop lourd, avec des consultations obligatoires dans chaque État membre », critique un analyste.

Une leçon pour l'Europe

La bataille du canard laqué est un cas d'école de la lenteur administrative européenne. Alors que la Chine avance rapidement sur la protection de ses produits, l'Europe reste engluée dans des procédures complexes. « Si nous voulons défendre nos indications géographiques, il faut simplifier le système », conclut un rapport du Parlement européen. En attendant, le canard laqué de Pékin trône désormais sur la liste des IG européennes, symbole d'une asymétrie qui pourrait s'aggraver.

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