Le président argentin Javier Milei a relancé ses accusations contre son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva lors d’un entretien diffusé dimanche sur la chaîne LN+. Il a de nouveau qualifié Lula de « voleur » et de « corrompu », évoquant sa condamnation pour corruption et son passage en prison. Ces propos interviennent une semaine après des déclarations similaires qui avaient déjà provoqué une grave tension diplomatique entre Buenos Aires et Brasilia.
Des propos qui ravivent une crise diplomatique
« C’est un voleur, c’est un corrompu, il a été condamné pour vol et corruption, il a été en prison, donc c’est vrai qu’on peut parler de détenu », a déclaré Javier Milei dans l’interview. Cette nouvelle sortie survient après qu’il a qualifié Lula de « prisonnier » et de « voleur » lors d’un meeting de soutien à la candidature présidentielle brésilienne de Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro.
Ces premières attaques avaient déclenché une crise diplomatique. Brasilia avait rappelé pour consultation son ambassadeur en Argentine et convoqué l’ambassadeur argentin pour lui transmettre sa « réprobation ». La relation entre les deux pays, voisins et partenaires majeurs, s’était brutalement tendue.
Une tentative d’apaisement restée sans effet
Dans les jours suivants, le gouvernement argentin avait tenté de minimiser l’incident. Buenos Aires estimait que les divergences entre les deux dirigeants relevaient « d’une dimension idéologique et politique ». Le ministre argentin des Affaires étrangères, Pablo Quirno, avait souligné que « du point de vue argentin, il n’y a absolument aucune possibilité que, de notre côté, la relation (diplomatique) se rompe ».
Cette volonté d’apaisement n’a visiblement pas été entendue, puisque Javier Milei a réitéré ses accusations avec la même virulence. Interrogé sur ce qu’il a lui-même qualifié d’« agressivité » apparente envers son homologue brésilien, il a justifié son comportement : « Vous ne trouvez pas que c’est agressif quand quelqu’un vous vole ? Dire “voleur” à un voleur est bien moins grave que l’acte de voler lui-même. » Il a ajouté : « Ils l’ont (Lula) libéré à cause d’une erreur administrative, pas parce qu’il est innocent. Par conséquent, c’est un voleur et un corrompu. »
Des relations économiques stratégiques
La tension diplomatique ne doit pas occulter l’importance des liens économiques entre les deux pays. Le Brésil est, juste devant la Chine, le premier partenaire commercial de l’Argentine. Toute rupture ou simple détérioration de la relation bilatérale aurait des conséquences significatives pour les deux économies, déjà fragilisées par un contexte régional difficile.
Cependant, la crise actuelle est alimentée par des différends idéologiques profonds. D’un côté, Lula incarne une gauche de centre-gauche, revenue au pouvoir en 2023. De l’autre, Javier Milei, président argentin ultralibéral, affiche une proximité assumée avec l’extrême droite brésilienne, notamment avec la famille Bolsonaro.
Lula se lance dans la course présidentielle
C’est dans ce contexte tendu que Lula, âgé de 80 ans, a officiellement lancé dimanche sa candidature à un quatrième et dernier mandat lors du scrutin d’octobre prochain au Brésil. Il s’est dit « en pleine forme » pour mener cette campagne. Son retour sur la scène politique brésilienne, après avoir déjà été président par le passé et avoir accédé de nouveau au pouvoir en 2023, marque une étape importante dans la vie politique du pays.
Sa candidature intervient alors qu’il avait passé 580 jours en prison en 2018-2019 pour corruption dans le cadre d’un scandale retentissant. Sa condamnation avait toutefois été annulée ultérieurement pour des motifs de procédure, le juge ayant été jugé partial. Lula a toujours clamé son innocence, et cette annulation a permis son retour en politique.
Milei envisage une candidature en 2027
Du côté argentin, Javier Milei, 55 ans et président depuis décembre 2023, évoque de plus en plus ouvertement une candidature à sa propre succession lors de la présidentielle d’octobre 2027, même s’il n’a pas encore lancé officiellement sa campagne. Interrogé dimanche sur le pourquoi de son agressivité apparente envers son homologue brésilien, il a répondu avec sa rhétorique habituelle, brouillant un peu plus les cartes diplomatiques.
Cette escalade verbale intervient alors que les deux pays doivent gérer des défis économiques et politiques importants. La perspective que les deux dirigeants soient candidats à leurs propres successions dans les prochaines années pourrait continuer à alimenter les tensions. Dans l’immédiat, la crise diplomatique entre le Brésil et l’Argentine reste donc ouverte, et aucune initiative de réconciliation n’a été annoncée.



