Au Brésil, une prison sans gardiens armés, contre-modèle de Bukele
Brésil : une prison sans gardiens, contre-modèle de Bukele

À São João del Rei, dans l'État du Minas Gerais, une prison brésilienne fonctionne sans gardiens armés, une approche radicalement différente du modèle ultra-répressif du président salvadorien Nayib Bukele. Ce centre de détention, qui accueille environ 200 détenus, repose sur la confiance et la responsabilisation plutôt que sur la force. Les détenus, vêtus de vêtements civils, circulent librement dans l'établissement, cuisinent, font le ménage et gèrent même une petite fabrique de pain. Aucun agent pénitentiaire armé n'est présent à l'intérieur des murs ; la sécurité est assurée par des médiateurs non armés, formés à la gestion de conflits. Ce modèle, inspiré des expériences scandinaves, vise à préparer les détenus à leur retour à la vie civile.

Un modèle fondé sur la confiance et la responsabilité

La prison de São João del Rei, ouverte en 2015, est l'une des rares au Brésil à adopter cette philosophie. Les détenus, condamnés pour des délits non violents, participent à des programmes de formation professionnelle et à des ateliers de résolution de conflits. Selon la direction de l'établissement, le taux de récidive est de 16 %, bien inférieur à la moyenne nationale brésilienne qui dépasse 40 %. Les détenus bénéficient de cellules ouvertes et de droits accrus, mais doivent respecter des règles strictes, notamment l'interdiction de toute violence. En cas de non-respect, ils sont transférés dans une prison conventionnelle.

Un contraste avec le Salvador de Bukele

Ce modèle s'oppose frontalement à la politique sécuritaire de Nayib Bukele, qui a fait construire une méga-prison de 40 000 places et suspendu de nombreux droits des détenus. Le président salvadorien, qui a déclaré l'état d'urgence en 2022, a vu sa popularité grimper grâce à sa lutte contre les gangs, mais les critiques dénoncent des violations des droits humains. Au Brésil, des experts pénitentiaires voient dans l'expérience de São João del Rei une alternative crédible, mais ils reconnaissent qu'elle ne peut s'appliquer qu'à une minorité de détenus, ceux jugés non dangereux. Le gouvernement brésilien, confronté à une surpopulation carcérale massive, observe cette expérience avec intérêt, sans pour autant l'étendre à grande échelle.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un impact concret sur la réinsertion

Les résultats observés à São João del Rei montrent que la responsabilisation des détenus améliore leur comportement et leur employabilité. Un détenu, interrogé par Le Monde, explique : « Ici, on apprend à vivre ensemble, à se respecter. On n'est pas des bêtes. » Les employeurs locaux, séduits par cette approche, embauchent régulièrement des anciens détenus de l'établissement. Toutefois, ce modèle reste marginal : sur les 700 000 détenus que compte le Brésil, seuls quelques centaines bénéficient de ce régime. Les autorités brésiliennes, tout en saluant les résultats, rappellent que la majorité des prisons du pays restent surpeuplées et violentes, et que des réformes structurelles sont nécessaires pour généraliser ces pratiques.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale