À Pittsfield, l'Amérique déclassée résiste à Trump
À Pittsfield, l'Amérique déclassée résiste à Trump

À Pittsfield, dans le Massachusetts, la désindustrialisation a laissé des traces profondes. Cette ville de 43 000 habitants, autrefois prospère grâce à ses usines, incarne aujourd'hui l'Amérique déclassée. Pourtant, loin de se laisser séduire par le discours de Donald Trump, ses habitants opposent une résistance locale, mêlant pragmatisme et solidarité.

Une ville marquée par la fermeture des usines

Pittsfield a connu son âge d'or au XXe siècle avec General Electric, qui employait jusqu'à 13 000 personnes dans les années 1960. La fermeture progressive des usines, achevée en 1986, a plongé la ville dans une crise économique durable. Aujourd'hui, le taux de pauvreté atteint 15 %, et le revenu médian des ménages est inférieur de 20 % à la moyenne nationale.

Cette mémoire industrielle reste vive chez les habitants, comme le raconte Linda, 67 ans, ancienne employée de GE : « On avait des salaires décents, des congés payés, une sécurité d'emploi. Tout cela a disparu du jour au lendemain. »

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Une résistance locale face au discours trumpiste

Malgré cette précarité, Pittsfield n'a pas basculé dans le trumpisme. Aux élections de 2020, Joe Biden y a obtenu 68 % des voix, contre 30 % pour Donald Trump. Les habitants expliquent ce rejet par une méfiance envers les promesses du milliardaire, jugées déconnectées de leur réalité.

« Trump parle de rendre sa grandeur à l'Amérique, mais ici, on sait que les emplois ne reviendront pas », témoigne James, 54 ans, ouvrier au chômage. Cette défiance se traduit aussi par un engagement associatif fort : plus de 200 organisations locales œuvrent pour l'entraide et la revitalisation du centre-ville.

Des initiatives locales pour reprendre la main

Face à la désertification des commerces, Pittsfield mise sur des coopératives et des projets citoyens. La ville a ainsi soutenu la création d'une épicerie coopérative en 2019, qui emploie aujourd'hui 25 personnes et attire 1 200 clients par semaine. Ce modèle, inspiré d'autres villes en déclin, vise à recréer du lien social et économique.

Par ailleurs, un programme de rénovation des logements vacants a permis de remettre sur le marché 150 appartements en trois ans. Ces actions, portées par la municipalité et des bénévoles, montrent une voie alternative à la rhétorique de Trump, fondée sur la solidarité plutôt que sur la division.

Un avenir encore incertain

Malgré ces efforts, Pittsfield reste fragile. Le taux de chômage y est de 7,5 %, soit deux points au-dessus de la moyenne nationale. Les jeunes diplômés quittent la ville, faute de débouchés. La résistance locale ne suffit pas à inverser la tendance, mais elle offre un contre-modèle politique et social.

Pour les habitants, l'avenir passe par la poursuite de ces initiatives et par un soutien accru des pouvoirs publics. « On ne compte plus sur Washington, conclut Linda. On compte sur nous-mêmes et sur nos voisins. C'est comme ça qu'on survivra. »

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