La Turquie a émis vendredi 21 août un mandat d'arrêt international contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l'accusant de génocide et de crimes contre l'humanité dans le cadre d'une enquête sur l'interception d'une flottille pour Gaza. Cette décision a déclenché une escalade verbale entre Ankara et Tel Aviv, sur fond de tensions croissantes concernant Gaza et la Syrie.
Une enquête turque sur l'interception de la flottille
Le ministre turc de la Justice, Akin Gurlek, a annoncé que la Turquie avait émis ce mandat d'arrêt dans le cadre d'une enquête sur l'interception de la « Flottille pour Gaza » et la détention des militants à bord. Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés par l'armée israélienne en Méditerranée, à l'ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus avant d'être expulsés en mai.
Le mandat vise également Afek Moskovitch, un officier israélien déployé à Gaza, selon l'acte d'accusation cité par l'agence de presse turque IHA. « Afek Moskovitch a publié sur son compte Instagram des images montrant huit chars et un bulldozer détruisant l'hôpital et la faculté de médecine de l'Université islamique de Gaza située à proximité », indique l'acte d'accusation. Netanyahu et Moskovitch sont poursuivis pour « crimes contre l'humanité, génocide, privation aggravée de liberté, coups et blessures volontaires, torture, destruction de biens, pillage aggravé et détournement de véhicules de transport », a précisé le ministère de la Justice turc.
Une réaction immédiate d'Israël
Le bureau de Benjamin Netanyahu a immédiatement réagi en qualifiant le président turc Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite ». Dans un communiqué, il a déclaré : « Erdogan est un dictateur antisémite qui a massacré les Kurdes, soutenu le massacre de l'organisation terroriste du Hamas, et oppresse son propre peuple. » Il a ajouté : « Israël continuera à agir avec fermeté contre les tentatives de la Turquie de déstabiliser la région. »
En retour, la présidence turque a dénoncé dans la soirée « les tactiques politiques mesquines de (Benjamin) Netanyahu et de ses acolytes, qui visent à obtenir un avantage électoral », alors que des élections législatives sont prévues en octobre en Israël. « La tentative du gouvernement (israélien) Netanyahu de présenter la Turquie comme une nouvelle menace relève aussi de cette manœuvre politique », a ajouté la direction de la communication de la présidence sur X.
Des tensions accrues autour de la Syrie
Ces déclarations interviennent après que les États-Unis et la Syrie ont accusé Israël d'avoir bombardé mardi la base militaire d'Abou Dhouhour, dans le nord-ouest de la Syrie, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière turque. Israël, qui a confirmé implicitement les frappes, a soutenu qu'une délégation officielle turque s'était rendue sur cette base et a averti qu'il n'accepterait pas de déploiement de troupes turques en Syrie, y voyant une « menace ».
La Turquie a démenti toute présence militaire « avant ou pendant l'attaque ». Elle a cependant prévenu jeudi qu'elle continuerait « résolument » de protéger l'intégrité et la souveraineté de la Syrie, tout en précisant ne pas envisager de riposte, pour ne pas tomber « dans le piège » tendu par le Premier ministre israélien. Dans un autre communiqué publié vendredi, le bureau de M. Netanyahu a accusé le président turc de chercher « à étendre son agression contre Israël jusqu'en Syrie ». « Israël ne le tolérera pas », a indiqué le communiqué.



