Washington presse des États africains de quitter la CPI
Washington presse des États africains de quitter la CPI

Plusieurs capitales africaines ont reçu des demandes formelles de la diplomatie américaine de retirer leur pays de la Cour pénale internationale (CPI), selon des informations concordantes recueillies auprès de sources diplomatiques. Cette pression, inédite par son ampleur, survient dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et la juridiction de La Haye, qui examine actuellement des dossiers sensibles impliquant des responsables politiques du continent.

Une ingérence dénoncée par les ONG

Des organisations de défense des droits humains ont immédiatement réagi, dénonçant une ingérence inacceptable dans les affaires juridiques d'États souverains. Dans une résolution adoptée en 2020, le Parlement panafricain avait déjà exprimé son soutien indéfectible à la CPI et appelé les États membres à ne pas céder aux pressions extérieures. Cette nouvelle offensive américaine, qui s'ajoute aux sanctions économiques imposées aux personnels de la Cour, est perçue comme un moyen de déstabiliser une institution que Washington a toujours refusé de rejoindre.

Selon les données officielles, 33 États africains sont parties au Statut de Rome, ce qui en fait la plus grande coalition régionale au sein de la CPI. Cette représentation représente plus du quart des 124 États membres de la juridiction. Un départ massif de ces pays porterait un coup sévère à la crédibilité de la Cour, déjà fragilisée par les menaces de retrait de plusieurs nations comme le Burundi, la Gambie ou l'Afrique du Sud, qui avaient annoncé leur intention de se retirer en 2016 avant de revenir sur leur décision.

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Les raisons de l'hostilité américaine

L'hostilité de Washington à l'égard de la CPI n'est pas nouvelle. Dès 2002, l'administration Bush avait signé une loi appelée « American Service-Members' Protection Act », surnommée la « loi de protection de nos soldats », autorisant le recours à la force pour libérer tout Américain détenu par la Cour. En 2020, le président Trump avait signé un décret imposant des sanctions contre la procureure de l'époque, Fatou Bensouda, et un haut responsable de la division des situations.

Ces actions visent à protéger les ressortissants américains, notamment les militaires, de poursuites pénales pour des actes commis en zones de conflit. Les États-Unis redoutent également que la CPI ne devienne un outil politique contre leurs alliés, en particulier Israël. La demande de retrait adressée aux pays africains s'inscrit dans cette logique d'affaiblissement de la Cour, en privant celle-ci du soutien de ses principaux membres.

Les pays africains face à un dilemme

Les dirigeants africains sont aujourd'hui confrontés à un choix cornélien. D'un côté, ils subissent des pressions de Washington pour quitter une institution souvent perçue comme une justice imposée par les anciennes puissances coloniales. Depuis sa création, la CPI a essentiellement poursuivi des Africains, ce qui a nourri un sentiment de partialité sur le continent. De l'autre côté, cesser d'être membres de la Cour reviendrait à perdre un recours international contre les crimes de masse et à s'exposer à des accusations sans pouvoir de jugement.

Plusieurs pays, comme le Sénégal, le Mali ou le Nigeria, restent attachés au principe de justice universelle et pourraient résister à ces pressions. D'autres, économiquement plus vulnérables, seraient tentés de céder aux offres de Washington, qui propose en échange un allègement de la dette, une reprise de l'aide bilatérale ou un accès facilité aux financements internationaux. Selon des sources diplomatiques, les représentants américains ont déjà rencontré des responsables de six États africains, sans que leurs noms soient divulgués.

Une crise existentielle pour la CPI

La pression américaine intervient alors que la CPI traverse une période difficile marquée par des critiques sur son efficacité et son coût. Plusieurs affaires se sont soldées par des acquittements ou des non-lieux, comme l'affaire Gbagbo ou celle de Jean-Pierre Bemba, acquitté en 2018 en appel. Ces échecs ont alimenté la narrative d'une cour inefficace, dont Washington se sert pour justifier son hostilité.

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Le retrait des États africains plongerait la CPI dans une crise existentielle. La Cour ne pourrait plus enquêter sur les crimes commis dans ces pays, et les victimes se verraient privées de toute possibilité de justice internationale. De plus, cela renforcerait l'impunité des auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dans les régions déjà en proie à des conflits, comme le Sahel, la corne de l'Afrique ou les Grands Lacs.

La communauté internationale observe avec inquiétude ces manœuvres. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a rappelé à plusieurs reprises son soutien à la CPI et à la lutte contre l'impunité. L'Union européenne a également exprimé sa préoccupation, appelant les États africains à défendre l'indépendance de la justice pénale internationale. Les prochaines semaines seront décisives pour l'avenir de la Cour et pour la protection des droits humains sur le continent africain.