L'auteure rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse était présente vendredi 22 mai au Lycée Merleau-Ponty de Rochefort pour témoigner du massacre qu'elle a vécu au Rwanda en 1994. À trois semaines des premières épreuves du baccalauréat, les élèves ont pu lever la tête de leurs révisions pour écouter son récit poignant.
Une rencontre inédite au lycée
Le lycée Merleau-Ponty de Rochefort a organisé vendredi 22 mai une rencontre exceptionnelle avec l'écrivaine et poétesse rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse, auteure du récit autobiographique Le Convoi. Elle a livré son témoignage en tant que rescapée du génocide des Tutsis de 1994. C'est Olivier Laroche, professeur d'histoire-géographie, qui l'a invitée pour offrir aux élèves de spécialité histoire et géopolitique une autre manière d'appréhender l'histoire. « J'ai toujours l'impression d'être trop factuel. En tant que témoin, elle apporte de l'empathie et une identification », souligne-t-il.
Un récit vivant pour mieux comprendre
Pour les lycéens, cette rencontre était l'occasion de mieux comprendre l'histoire du Rwanda. « C'est important d'entendre quelqu'un qui l'a vécu », explique Chloé, élève de première. Sa camarade Zoé ajoute : « Son témoignage rend l'histoire plus concrète. » Née d'une mère Tutsi et d'un père polonais, Beata Umubyeyi Mairesse s'est cachée avec sa mère pendant plusieurs semaines dans la cave d'un hôtel, se faisant passer pour une Française afin d'échapper aux miliciens Hutu. Parler devant ces lycéens avait un sens particulier pour cette militante féministe et antiraciste. « Quand ça s'est passé, j'avais votre âge et celui de mon fils. J'interviens ici en tant que Rwandaise mais aussi en tant que Française », dit-elle pour évoquer la montée des extrêmes aujourd'hui.
Se réapproprier la narration
Pendant longtemps, l'histoire officielle de son pays était celle racontée par les puissances occidentales et coloniales. « Dans les livres d'histoire on parle d'ethnies pour les Tutsis et les Hutus, mais on ne l'utilise jamais pour l'Europe avec les Basques par exemple », relève l'auteure. Se tenir face à cette nouvelle génération est aussi une façon pour elle de se « réapproprier la narration ». « C'est important que ce soit vous qui vous racontiez au monde et non que les autres vous racontent à votre place », a-t-elle conclu.



