L'écrivain Marcel Cohen est décédé à l'âge de 89 ans, a annoncé sa famille à l'AFP. Ancien enfant caché pendant l'Occupation, il était une figure majeure de la littérature française contemporaine, connu pour une œuvre profondément marquée par la mémoire de la Shoah et la réflexion sur le langage.
Une enfance marquée par la clandestinité
Né le 6 avril 1937 à Paris dans une famille juive d'origine roumaine, Marcel Cohen a vécu caché dès l'âge de 5 ans, après la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942. Ses parents, déportés, ne sont jamais revenus. Il a été recueilli par une famille chrétienne dans le sud de la France, où il a passé le reste de la guerre sous une fausse identité. Cette expérience traumatique a nourri toute son œuvre, comme il le confiait en 2019 dans une interview à Libération : « Je ne peux pas écrire sans penser à ceux qui ne sont pas revenus. Mon enfance m'a appris que les mots peuvent être des armes de survie, mais aussi des pièges. »
Une œuvre entre mémoire et langage
Après des études de philosophie, Marcel Cohen se tourne vers le journalisme et la critique littéraire, collaborant notamment aux Nouvelles littéraires et à La Quinzaine littéraire. Son premier livre, Le Soldat et la Mort, paraît en 1979. Mais c'est avec Faits (1988) et surtout Sur la scène intérieure (2013) qu'il s'impose comme un auteur singulier, mêlant fragments autobiographiques, réflexions sur le langage et évocation de la disparition. Son style, minimaliste et précis, a été salué par la critique, et il a reçu le prix Wepler en 2013 pour Sur la scène intérieure.
Un écrivain de la disparition
Dans ses livres, Marcel Cohen n'a cessé d'explorer les liens entre la mémoire, l'écriture et l'indicible. Il a également été un traducteur reconnu, notamment de l'œuvre de l'écrivain autrichien Thomas Bernhard. Son ami, l'éditeur Jean-Paul Hirsch, a déclaré : « Marcel était un homme d'une grande exigence morale et littéraire. Il a consacré sa vie à dire l'indicible, avec une pudeur et une justesse rares. »
Un héritage littéraire important
Marcel Cohen laisse une œuvre riche de plus d'une vingtaine de titres, traduits dans de nombreuses langues. Il était également un lecteur passionné, et ses essais sur la littérature, comme Le Grand Amour (2006), ont marqué les esprits. Sa disparition est une perte immense pour la littérature française, mais son œuvre reste un témoignage essentiel sur la condition humaine face à l'Histoire.
Les obsèques de Marcel Cohen auront lieu dans la plus stricte intimité, a précisé sa famille. Un hommage public pourrait être organisé dans les prochaines semaines.



