Le Somaliland, région séparatiste de la Somalie, suscite un intérêt croissant de la part des puissances étrangères, attirées par sa position stratégique sur le golfe d'Aden, l'une des routes maritimes les plus fréquentées au monde. Cette région, qui a déclaré son indépendance en 1991 sans être reconnue internationalement, est devenue un enjeu majeur dans la compétition géopolitique régionale.
Un emplacement géostratégique convoité
Le Somaliland contrôle une partie du littoral sud du golfe d'Aden, un passage clé pour le commerce mondial reliant la mer Rouge à l'océan Indien. Selon des experts, environ 30 % du trafic maritime mondial transite par cette zone, ce qui en fait un point névralgique pour les grandes puissances, notamment les Émirats arabes unis, la Turquie et le Qatar. Ces pays ont multiplié les accords et les investissements dans la région, cherchant à y établir des bases militaires ou des ports stratégiques.
Les accords avec les Émirats arabes unis
En 2017, les Émirats arabes unis ont signé un accord avec le Somaliland pour la construction d'une base militaire à Berbera, un port en eau profonde. Cet accord, d'une durée de 30 ans, prévoit également la gestion du port par la société émiratie DP World. Selon des sources locales, cet investissement s'élève à plusieurs centaines de millions de dollars et a suscité des tensions avec la Somalie, qui considère cet accord comme une violation de sa souveraineté. « Les Émirats cherchent à étendre leur influence dans la Corne de l'Afrique, et le Somaliland est une pièce maîtresse de leur stratégie », a déclaré un analyste politique somalien.
La rivalité entre la Turquie et le Qatar
La Turquie, de son côté, a renforcé ses liens avec le Somaliland, bien que sa présence reste plus discrète. Ankara a ouvert un consulat à Hargeisa, la capitale, et a signé des accords de coopération militaire et économique. Le Qatar, quant à lui, a investi dans des projets d'infrastructure, notamment dans les secteurs de l'énergie et des télécommunications. Cette compétition entre puissances régionales reflète les enjeux plus larges de la lutte d'influence dans la Corne de l'Afrique, où chaque acteur cherche à sécuriser des points d'appui stratégiques.
Les conséquences pour la Somalie et la région
Ces convoitises étrangères ont des répercussions directes sur la stabilité de la Somalie, qui voit son unité territoriale menacée par les ambitions séparatistes du Somaliland. Le gouvernement fédéral somalien a condamné à plusieurs reprises ces accords, les qualifiant d'« ingérence dans les affaires internes ». Par ailleurs, la militarisation croissante du golfe d'Aden soulève des inquiétudes quant à une escalade des tensions régionales, notamment avec le Yémen voisin, en proie à une guerre civile depuis 2014.
Un avenir incertain pour le Somaliland
Malgré ces investissements, le Somaliland reste confronté à des défis majeurs, notamment l'absence de reconnaissance internationale, qui limite son accès aux financements et aux marchés mondiaux. La région, qui compte environ 4 millions d'habitants, dépend largement de l'aide humanitaire et des transferts de fonds de sa diaspora. Selon la Banque mondiale, le PIB par habitant du Somaliland est estimé à environ 700 dollars, bien en dessous de la moyenne africaine. L'avenir de cette région convoitée reste donc incertain, pris entre les ambitions des puissances étrangères et les aspirations de son peuple à une reconnaissance pleine et entière.



