Alors que l'administration Trump se félicite de ses succès contre Daech, la guerre en Somalie s'enlise. Les frappes américaines n'ont pas affaibli les shebabs, qui contrôlent toujours de vastes zones. Washington semble dans une impasse stratégique, faute de troupes au sol et d'une stratégie politique claire.
La Somalie est devenue l'autre théâtre d'opérations où l'administration Trump peine à imposer sa vision. Alors que le président américain a promis de mettre fin aux guerres sans fin, les États-Unis sont engagés depuis plus de dix ans dans ce pays de la Corne de l'Afrique, avec des résultats pour le moins mitigés. Les frappes aériennes, qui se sont intensifiées depuis le début de l'année, n'ont pas réussi à inverser le rapport de force sur le terrain.
Des frappes qui ne suffisent pas
L'armée américaine a mené, selon les données du commandement africain des États-Unis (Africom), une soixantaine de frappes aériennes en Somalie en 2026, un chiffre en hausse par rapport à l'année précédente. Ces frappes ont tué plusieurs centaines de combattants shebabs, mais le groupe djihadiste, affilié à Al-Qaïda, continue de contrôler de vastes territoires ruraux et mène régulièrement des attaques contre les forces gouvernementales et les troupes de l'Union africaine.
« Les frappes aériennes seules ne suffisent pas à vaincre les shebabs. Ils sont profondément enracinés dans la population et ont une capacité de résilience remarquable », explique Jean-Pierre Olivier, chercheur à l'Institut de recherche stratégique de Paris. Selon lui, la stratégie américaine est dans une impasse car elle repose quasi exclusivement sur l'option militaire, sans volet politique crédible.
Un vide politique préoccupant
Le gouvernement fédéral somalien, dirigé par le président Hassan Sheikh Mohamoud, est faible et divisé. Les élections prévues en 2027 sont incertaines, et le processus de fédéralisation est au point mort. Les shebabs exploitent ce vide politique pour étendre leur influence, notamment en fournissant une forme d'administration dans les zones qu'ils contrôlent, rendant leur élimination d'autant plus complexe.
Washington a récemment nommé un nouvel envoyé spécial pour la Somalie, mais sa marge de manœuvre semble limitée. L'administration Trump, focalisée sur d'autres priorités, comme la Chine et l'Iran, ne semble pas prête à s'engager davantage dans ce dossier. Une situation qui contraste avec l'engagement massif des États-Unis en Somalie au début des années 1990, qui s'était soldé par un retrait humiliant après la bataille de Mogadiscio.
Un impact humanitaire et régional
Cette impasse stratégique a des conséquences humanitaires désastreuses. Selon l'ONU, plus de 4 millions de Somaliens sont en situation d'insécurité alimentaire, et des centaines de milliers de personnes ont été déplacées par les combats. La situation est aggravée par des sécheresses récurrentes, liées au changement climatique, qui poussent de nombreuses familles à rejoindre les rangs des shebabs ou à migrer vers les pays voisins.
Au niveau régional, l'instabilité somalienne menace l'ensemble de la Corne de l'Afrique. Le Kenya et l'Éthiopie, qui contribuent aux troupes de l'Union africaine, sont directement exposés aux incursions shebabs. L'Égypte, de son côté, est en conflit diplomatique avec l'Éthiopie à propos du barrage de la Renaissance, ce qui complique encore la coopération régionale.
Quelles options pour Washington ?
Plusieurs options s'offrent à l'administration Trump, mais aucune n'est véritablement satisfaisante. Un retrait pur et simple des forces américaines, qui comptent environ 700 soldats en Somalie, serait perçu comme un abandon et pourrait permettre aux shebabs de se renforcer davantage. Une escalade militaire, avec l'envoi de troupes au sol, est impensable politiquement, à moins de deux ans des élections présidentielles américaines.
Reste l'option d'une approche politique renforcée, appuyée par une aide au développement et une pression diplomatique sur les acteurs régionaux. Mais cela nécessiterait une volonté politique qui semble absente à Washington. « L'administration Trump n'a pas de stratégie claire pour la Somalie. Elle réagit au jour le jour, sans vision à long terme », déplore un diplomate européen en poste à Nairobi.
En attendant, les shebabs continuent de frapper. En juillet dernier, ils ont attaqué une base militaire somalienne, tuant une vingtaine de soldats, et ont revendiqué un attentat à la voiture piégée à Mogadiscio qui a fait au moins 15 morts. La guerre en Somalie semble ainsi partie pour durer, et l'administration Trump, malgré ses déclarations, ne semble pas en mesure d'en sortir.



